Critique série : Akta Manniskor (Real Humans) saison 1, créée par Lars Lundström

Les hubots rêvent d’être de vrais humains

Synopsis : Äkta Människor se situe dans un monde parallèle où les robots humanoïdes (Hubot) sont devenus des machines courantes dans la société. Ces Hubots sont très réalistes et sont configurés de telle sorte à remplir une large demande. S’adaptant à tous les besoins humains, de la simple tâche ménagère à des activités plus dangereuses voire illégales, la société semble en dépendre. Une partie de la population refuse alors l’intégration de ces robots tandis que les machines manifestent des signes d’indépendance et de personnalité propre.

real-humansIl est préférable d’avoir vu toute la série avant de lire l’article…

La série série télévisée suédoise Akta Manniskor complète idéalement – autant qu’elle approfondit – les réflexions à l’oeuvre dans A.I. Artificial Intelligence de Steven Spielberg (sur lequel avait travaillé Stanley Kubrick). Dans un univers peuplé de Super Robots humanoïdes USB, plus ou moins perfectionnés selon les usages et les moyens, les machines les plus évoluées sont rapidement ostracisées. Les humains se montrent tout aussi nuisibles que les hubots et largement intolérants,  pas préparés pour deux sous à cette révolution technologique majeure. Ils sont déstabilisés par l’omniprésence de machines si perfectionnées et aussi ressemblantes.

Grâce au hacker Leo Eischer, les hubots gagnent en autonomie et s’émancipent. Malgré tout, cela ne leur permet pas de détecter la mort d’un homme par exemple. Ces hubots sont capables d’ironie, disposent d’une mémoire sans faille, ils sont esthétiques et séduisants même si certaines de leurs expressions ou comportements trahissent parfois leur condition. A côté, les Hommes font pâle figure et sont d’une rare inertie. Les deux « espèces » doivent se recharger et se révèlent incomplètes. Les hubots incarnent un certain idéal humain – au niveau plastique – tout en restant des objets. Immortels, increvables, ils peuvent accomplir les tâches les plus éprouvantes physiquement, sans commettre d’erreur.  Et certains humains en tombent amoureux…

Lorsqu’ils dérangent, les hubots peuvent être débranchés ! C’est peu souvent le cas car les hubots sont attentionnés et de bonne compagnie. Ils demandent aux Hommes avec impertinence à quoi sert leur travail ou bien qu’est-ce qui les rend si différents ? Les personnages s’interrogent alors que l’usage qu’ils font de leur savoir et de leurs capacités…

La série est d’actualité tout en étant pleinement dans l’anticipation. Akta Manniskor vient réactualiser les problématiques soulevées par Isaac Asimov dans son cycle sur les robots. D’ailleurs les robots sont limités par les règles de la robotique de l’écrivain de science-fiction, dans leur fonctionnement de base. L’assassinat d’humains par des hubots ne semblent pas vraiment possible aux yeux des premiers qui font confiance à la conception des robots dont le libre-arbitre semble limité… Que passe-t-il alors par la tête de ces robots initialement conçus pour servi l’Homme et qui voient maintenant plus loin ? (une problématique déjà centrale dans les brilliantissimes Blade Runner et Ghost in the Shell.

Akta Manniskor emprunte aussi lorsqu’elle évoque le hacker capable de modifier son propre corps à la philosophie extropienne pour laquelle une nouvelle espèce supérieure à la nôtre serait possible. La technologie augmentant l’humain donne ainsi lieu au transhumanisme selon Max More et Natasha Vita-More. Les extropiens cherchent à apporter des améliorations à nos capacités intellectuelles, physiologiques, à notre développement émotif et à la longévité de la vie. Ils préconisent l’utilisation de la science pour accélérer notre transition de l’état humain vers le transhumanisme ou vers une condition posthumaine.

L’Homme façonné par Dieu à son image peut-il à son tour donner vie à une créature ? Pour Philippe Breton (A l’Image de l’Homme. Du Golem aux créatures virtuelles, Seuil, 1995), cette question revient de manière récurrente dans les récits de créatures artificielles et malgré tous ses efforts, le créateur humain ne parvient qu’à approcher son but, jamais à l’atteindre tout à fait.

La limite de cette première saison est toutefois de représenter des robots qui ne rêvent pas plus grand que d’imiter leurs créateurs. Pourtant Real Humans est une réussite indéniable qui ne souffre d’aucune longueur ou presque au cours de cette première saison mémorable, soignée, intelligente.