Critique livre : L’été des noyés de John Burnside

Sixième roman traduit d’un styliste hors pair

Résumé : Dans une île du nord de la Norvège, un endroit désert, magnifique et spectral où l’été est miraculeusement doux et radieux, Liv vit avec sa mère, un peintre qui s’est retiré là en pleine gloire pour mieux travailler. Son seul ami est un vieil homme qui lui raconte des histoires de trolls, de sirènes et de la huldra, une créature surnaturelle qui apparaît sous les traits d’une femme à l’irrésistible beauté, pour séduire les jeunes gens et les conduire à affronter les dangers et la mort. Noyades inexplicables et disparitions énigmatiques se succèdent au cours des nuits blanches de cet été arctique qui donne aux choses un contour irréel, fantasmagorique. Incapable de sortir de l’adolescence et de vivre dans le monde réel, Liv erre dans ce paysage halluciné et se laisse dangereusement absorber dans la contemplation des mystères qu’il recèle.

Sur l’auteur : John Burnside a reçu le Forward Poetry Prizes 2011, principale récompense destinée aux poètes en Grande-Bretagne.

John Burnside est né le 19 mars 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l’Université de Dundee, il enseigne aujourd’hui la littérature à l’université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie. Il est l’auteur des romans La Maison muette,Une vie nulle part, Les Empreintes du diable et d’un récit autobiographique,Un mensonge sur mon père. John Burnside est lauréat de The Petrarca Awards 2011, l’un des plus prestigieux prix littéraire en Allemagne.

A noter que le premier chapitre du livre est visible sur le site de l’éditeur.

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Mon avis : L’été des noyés est un livre qui vaut le détour tant la langue est riche, complexe, juste. Le style est très maîtrisé et certaines métaphores vraiment originales. C’est l’atout maître de ce roman (c’était déjà le cas de Scintillation). Mais ici l’intrigue (et les personnages) gagnent en épaisseur. Les impressions de la narratrice, Liv, quel’on suivra tout au long de ce livre, sont parfaitement décrites. Le style fait penser à Henry James! Car L’été des noyés s’aventure dans le fantastique sans y tomber vraiment…
Nous sommes ici dans un roman introspectif narré par une solitaire hypersensible… Le texte de Burnside contient d’ailleurs de magnifiques passages sur la peinture, en tant que réflexion sur l’acte créatif (de même au sujet de la photographie). Et donne envie de découvrir le peintre norvégien Sohlberg…Par ailleurs, Burnside se révèle fin psychologue, lorsqu’il dépeint les difficiles rapports mère/fille (Angelika/Liv). Aussi, Liv correspond par lettre avec la nouvelle compagne de son père, Arild, avant de la rencontrer ensuite en Angleterre. Et cet arc narratif est passionnant. A mesure que Liv découvre qui était son père, le lecteur en sait aussi peu que la narratrice. Malheureusement, je ne peux pas révéler l’intrigue plus en détail… Cela gâcherait le plaisir du lecteur. Sachez qu’il est de même question d’une mystérieuse Maia, personnage clé de ce roman.
L’auteur nous immerge dans une atmosphère scandinave parfois malaisante, d’une froideur très singulière. Il est à noter l’absence d’effusions de sang, de glauque, de violence gratuite dans L’été des noyés. Burnside parvient à donner une authenticité aux personnages, à insuffler de la vie aux lieux. Car la Norvège – pour ceux qui la découvriraient avec ce roman, ce qui est mon cas – semble faite de contrées mystérieuses, peuplée de légendes. Le talent de poète de Burnside est particulièrement appréciable lors des longs passages descriptifs. Ceux-ci ne paraissent jamais trop longs, nous ne sommes pas dans un roman naturaliste…
On peut regretter que certains passages non dénués d’émotions soient expéditifs mais comme je le disais plus haut, l’intrigue gagne en épaisseur en comparaison avec le précédent roman de l’auteur (c’est d’autant plus prégnant si l’on compare Une vie nulle part – oeuvre de jeunesse de Burnside – avec L’été des noyés).Les références picturales sont nombreuses mais jamais envahissantes. L’auteur trouve ici un équilibre qu’il ne trouvait pas dans Scintillation, à mon humble avis. Un livre à lire!
Nombre de pages : 336
ISBN : 978-2-86424-960-3
Prix : 20 €

Un grand merci aux éditions Métailié pour cet envoi.

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Critique : Scintillation de John Burnside

Quatrième de couv’ : Dans un paysage dominé par une usine chimique abandonnée, au milieu de bois empoisonnés, l’Intraville, aux immeubles hantés de bandes d’enfants sauvages, aux adultes malades ou lâches, est devenue un modèle d’enfer contemporain. Année après année, dans l’indifférence générale, des écoliers disparaissent près de la vieille usine. Ils sont considérés par la police comme des fugueurs. Leonard et ses amis vivent là dans un état de terreur latente et de fascination pour la violence. Pourtant Leonard déclare que, si on veut rester en vie, ce qui est difficile dans l’Intraville, il faut aimer quelque chose. Il est plein d’espoir et de passion, il aime les livres et les filles. Il y a dans ce roman tous les ingrédients d’un thriller, mais le lecteur est toujours pris à contrepied par la beauté de l’écriture, par les changements de points de vue et leur ambiguïté, par le raffinement de la réflexion sur la façon de raconter les histoires et les abîmes les plus noirs de la psychologie. On a le souffle coupé, mais on ne sait pas si c’est par le respect et l’admiration ou par la peur. On est terrifié mais aussi touché par la grâce d’un texte littéraire rare.

Sur l’auteur : John Burnside est né le 19 mars 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l’Université de Dundee, il enseigne aujourd’hui la littérature à l’université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie. Il est l’auteur des romans La Maison muette, Une vie nulle part, Les Empreintes du diable et d’un récit autobiographique, Un mensonge sur mon père. John Burnside est lauréat de The Petrarca Awards 2011, l’un des plus prestigieux prix littéraire en Allemagne.

Scintillation est un roman d’ambiance, une dystopie en noir et blanc qui se déroule en Intraville. Cette presqu’île imaginaire contient une usine chimique secrète et désaffectée, une « zone noire« , qui cause de multiples désagréments chez les habitants de la région (folie et maladies) et même des morts. Finalement, John Burnside dépeint assez bien le secret qui entoure les centrales nucléaires et toute la désinformation qui peut entourer ce type de projet pour les populations avoisinantes.

Minutieusement décrit, l’Intraville est un non lieu, situé hors du temps dans lequel les asperges et les crèmes brûlées sont hors de prix et les enfants chassent les rats avec des aiguilles dans le bois empoisonné. Scintillation s’appuie sur la disparition d’enfants, qui ajoute au mystère des lieux et rendent encore plus louches ses habitants. Mais sans vraiment répondre à cette question (ont-ils été assassinés ?), John Burnside nous gratifie de certaines envolées lyriques et réflexions, alors que son roman se boucle sur lui-même. Ainsi son roman commence et recommence avec ces pennsées de Leonard Wilson : « John le Bibliothécaire aimait dire qu’en matière de mensonge, ce n’est pas du narrateur qu’il fallait se soucier, mais de l’auteur. Et là, je crois qu’il voulait dire Dieu, le destin, ou quelque chose du même acabit. Mais là-dessus je ne suis pas sûr d’être d’accord avec lui. A mon avis, c’est l’histoire qui ment pas le narrateur – et je ne crois pas qu’il existe un quelconque auteur. Juste une histoire qui se poursuit à l’infini. » (p.13)

Mais si John Burnside ouvre plusieurs pistes c’est aussi (et surtout) parce que le seul flic de la région, John Morrisson, se rend compte qu’il est trop tendre pour exercer ce métier et qu’il veut démissionner… C’est aussi parce que les lobbys industriels font tout pour étouffer tous les bruits de couloir. Roman d’ambiance mais aussi livre politique.

Burnside est un magnifique styliste, il est sans doute meilleur styliste que conteur car Scintillation contient malgré tout des longueurs. Et par exemple, il y a tout un imaginaire conspirationniste aurait gagné à être davantage exploité. Le livre contient aussi de nombreuses références littéraires et cinématographiques un peu envahissantes. Malgré tout, le grand attrait du roman de John Burnside est sa forme, son ambiance post-apocalyptique, son mystère et son récit chaotique (bien servi par un récit polyphonique).

Scintillation de John Burnside

Traduit de l’anglais par Catherine Richard

Editions Métailié, 2011

287 pages

Merci à Valérie des éditions Métailié pour cet envoi !