Notes sur Steve Jobs de Walter Isaacson

Les ordinateurs (de bureau et portables), les baladeurs MP3, les smartphones et maintenant tablettes  auraient sans doute une autre allure (que ce soit au niveau de l’interface ou du design) si Steve Jobs n’avait pas pris part à leur conception. Il est également indéniable que le fondateur d’Apple a créé des machines à son image donnant sa vie pour une idée : créer un ordinateur de la taille d’un livre. A force de persuasion et grâce au champ de distorsion de la réalité, Steve Jobs y est parvenu (en créant l’iPad). Lancée dans un garage, la multinationale Apple compte à présent des Apple Store aux quatre coins de la planète. La firme de Cupertino est la première capitalisation boursière mondiale, en janvier 2012. Un succès qui doit beaucoup (tout?) au charismatique Steve Jobs.

Steve Jobs était un autocrate manipulateur, un véritable homme de pouvoir et de contrôle, un « manager détestable » (selon Jef Raskin), capable d’avoir recours au « management par l’humiliation et la destruction des individus. » (Mike Murray). Les attitudes extrémistes du dirigeant s’expliquent en partie pas une vision du monde binaire : 1-les génies, 0-les nuls. Par dessus tout, Jobs faisait preuve d’une capacité étonnante à se réapproprier les idées des autres. A tel point qu’il a repris à son compte cette maxime de Picasso : « les bons artistes copient. Les grands artistes volent. » Plusieurs fois, des employés de la Pomme ont raconté qu’après avoir présenté leurs idées à Jobs, il leur a répondu « c’est de la merde ». Ensuite, celui-ci présentait la même idée comme une ultime trouvaille. Mais il faut bien reconnaître à la décharge de Jobs que la mise en œuvre d’une idée est tout aussi importante que cette dernière… Et manifestement, on pouvait compter sur le patron d’Apple pour aller au bout de ces (ses?) concepts !

L’ancien PDG d’Apple était un personnage aussi secret qu’il pouvait avoir le sens de la mise en scène et du spectacle (lors des grandes messes Keynote). Il n’hésitait pas non plus à mentir pour servir son grand œuvre : faire entrer l’informatique et l’ordinateur personnel dans les foyers, dès les années 1970 et plus tard dans une poche de jean…

Apple a donc peu à peu rendu contagieuse la simplicité d’utilisation d’appareils ultra perfectionnés, efficaces et rapides. Mais avant que le « tout en un » cher à feu Jobs ne devienne le standard et la référence absolue (sous forme mobile, dans les années 2000), l’acception a été longue et difficile. Mais sa volonté de concevoir toujours plus que de simples produits l’a emporté. Cette capacité d’innovation quasi-permanente, qui a dérouté la concurrence pendant 40 ans, s’explique selon le biographe de Steve Jobs par le fait que ce dernier se tenait à la croisée de l’art et de la technologie.

Et si Apple a su séduire autant d’utilisateurs, c’est sans doute en raison du caractère intuitif de ses interfaces, du design épuré de ses produits, de la grande fiabilité d’un système fermé (réduisant les problèmes d’incompatibilité) et facilitant la rapidité des calculs.

Les plus jeunes considèrent sans doute Steve Jobs comme étant un visionnaire du fait de la réalisation de l’iPhone, puis de l’iPad. Mais ce serait oublier l’apport de l’ex PDG de la firme de Cupertino à la micro-informatique : souris, écran, clavier et puis au niveau logiciel, les bases d’un système d’exploitation : le bureau, les fenêtres, les dossiers, les icônes…

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Critique : jPod de Douglas Coupland

  Génération Y

 

Rentrer dans un univers de geeks ne requiert pas une maîtrise en informatique ou un doctorat en sciences. Bon, il vrai que si vous prenez l’ iPhone 4 de votre cousin pour un dessous de table ou si vous ne faites pas la différence entre un ebook et une livebox, vous risquez d’être un peu perdu au départ mais cela devrait aller après avoir tourné quelques pages du dernier roman de Douglas Coupland.

 

jPod regroupe 6 jeunes salariés connectés dont le nom commence par la lettre J et dont la mission est de développer des jeux vidéos. Nous suivons donc les tribulations d’Ethan, jeune programmeur qui gagne plutôt bien sa vie (41 500$ annuels). Il déteste l’humidité, est un adepte du jeu de rôle Chrono Trigger sur Playstation, aime son travail, redoute les karaokés et apprécie les extra-terrestres Kang et Kodos apparaissant dans Les Simpson. Ethan doit jongler entre sa mère Carol qui a électrocuté un biker et cultive de l’herbe, un père figurant dans des films à petit budget ou dans des publicités (dans lesquelles il parvient parfois à placer quelques répliques) et son frère Greg magouillant avec des clandestins chinois. Un tel tableau rappelle La fonction du balai de David Foster Wallace publié également au Diable Vauvert.

Les dialogues de Douglas Coupland sont savoureux, rythmés, souvent irrésistibles. Du livre a été tiré une série télévisée éponyme, diffusée sur la chaîne américaine CBC. Le roman peut d’ailleurs être abordé comme un feuilleton, son adaptation à la télévision a donc du se faire tout en souplesse. Le type de répliques, les personnages excentriques et névrosés, et les rebondissements sont typiques des séries contemporaines loufoques telles que The Big Bang Theory ou Arrested Developpement.

Les personnages de jPod, Ethan en prime, tentent de donner un sens à leur Existenz chaotique. Ils vivent dans une réalité mouvante et instable (régie par Microsoft ?) dans laquelle ils sont sans cesse évalués et jugés. Et ce ne sont pas les parents d’Ethan qui l’aident à trouver un équilibre… La normalité n’est pas légion chez Coupland mais ce n’est qu’une fiction rassurons-nous…

Pourtant, l’auteur peine à trouver son rythme de croisière, peut-être jPod est-il trop répétitif et du coup Douglas Coupland ne semble pas toujours à son aise baigné dans cette génération. La majorité de son roman se limite à du pur entertainement Nintendo maniaque et manque de substance. On sent que l’auteur a pris plaisir à écrire, il n’en demeure pas moins plaisant à lire mais il manque à ce jPod ne serait-ce qu’une toile de fond plus fouillée et sans doute moins stéréotypée. C’est donc grâce à ses aventures rocambolesques que le roman se montre le plus vif.

 

Saluons une vraie recherche narrative expérimentale (autopastiche ?) profitant à la lecture, comme une curieuse liste de nombres de plusieurs pages parmi lesquels s’est glissé un nombre premier à identifier, des mails et spams échangés retranscris comme autant de symboles d’un consumérisme boulimique, méchamment intrusif. Ou comment montrer simplement – encore fallait-il y penser – comment le langage machine peut nous sembler si familier alors qu’il nous est totalement étranger. On relève aussi le recours à une police de petite taille pour rendre compte de moment de solitude vécu par un informaticien lorsque sa mère s’invite à jPod. Et enfin – narcissisme ou coup de génie ?- Douglas Coupland himself apparaît dans la fiction. Ethan le rencontre dans un avion en partance pour la Chine. Coupland pratique l’auto-dérision de manière un peu trop systématique, comme pour se faire pardonner de faire son miel sur ces générations (succès mérité pour Génération X, et Y matière du présent roman). Mais Coupland ne dépasse pas vraiment les stéréotypes sur les geeks et semble bien incapable d’entreprendre toute étude sociologique. Il se borne et des révélations du genre : la génération X buvait de la Zima, la génération Y tourne au Coca Cola !


La plongée dans le quotidien de la génération Y est peu reluisante. Coupland dresse un portrait (rapide) d’une génération frivole pour laquelle tout va trop vite (qui joue à de vieux jeux vidéos sur des émulateurs, par nostalgie) et qui procrastine. Dans jPod, Douglas Coupland mise un peu trop sur l’humour pour faire mouche, au risque d’en faire trop. Le lecteur marque alors une pause pour pouvoir avaler tranquillement les 520 pages que compte ce pavé.

jPod de Douglas Coupland

[jPod, 2006]

ÉD. AU DIABLE VAUVERT, DÉC. 2009