Critique série : The Newsroom saison 2, créée par Aaron Sorkin

Synopsis : les coulisses tendues et survoltées de l’émission « News Night », diffusée sur la chaîne d’information en continue ACN, alors que son présentateur vedette, Will McAvoy, un homme aussi talentueux que détestable, est en pleine controverse suite à des propos tenus en direct remettant en cause le rêve américain. Alors que son équipe a déserté, il se voit attribuer une nouvelle productrice exécutive avec qui il a un passif…

Avec Jeff Daniels, Emily Mortimer, John Gallagher Jr.

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La seconde saison de The Newsroom tape juste et vient rassurer les déçus d’une première saison consternante. Le remaniement a été important et prouve que le scénariste (et créateur) de la série, l’intouchable Aaron Sorkin tient compte des critiques faites à son show. La saison 2 contient un épisode de moins que la première ce qui témoigne bien d’une réécriture qui a tout l’air d’avoir eu lieu assez tardivement… et que bien sûr peu d’auteurs auraient pu se permettre. Seulement voilà, le résultat s’en ressent et la nouvelle direction prise par la série est bien meilleure. Elle laisse même entrevoir un fort bel avenir pour ce qui pourrait bien devenir un nouveau hit pour la chaîne câblée américaine HBO qui diffuse entre autres Game of Thrones ou Boardwalk Empire. La saison 2 est tout autant une bonne surprise que la première saison était ennuyeuse. A voir !

Dans cette nouvelle saison, la qualité des dialogues n’a plus rien à envier à ce qui était déjà l’atout majeur de la série A la Maison Blanche. Ils sont incisifs, le débit et la répartie sont remarquables. L’humour est imparable. Mais heureusement, le spectateur européen suit très bien cette série qui focalise sur les coulisses d’un journal télévisé « à l’américaine ». Et plus précisément sur les actions des journalistes et leurs conséquences. Dans cette nouvelle saison ce n’est plus la personnalité et l’intimité du présentateur vedette du 20h qui est développé mais plutôt ce qu’il peut advenir lorsqu’une erreur journalistique advient. Comment est-elle gérée en coulisses ? Quelles sont les parades qui vont être trouvées la chaîne qui se plante ? Il apparaît ici que la rédaction de la chaîne fictive ACN est capable de faire son auto-critique. On peut voir comment l’équipe du JT fait front et fait preuve d’une grande unité après qu’une information ait été communiquée à tort. Même si l’on peut faire le reproche à The Newsroom de montrer une image idéalisée de la profession.

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Ce qui est intéressant notamment, c’est cette approche (anglo-saxonne?) des acteurs de l’information et leur proposition presque spontanée de proposer leur démission. Ils anticipent ainsi une perte de crédibilité auprès du public – peut-on trouver un thème plus d’actualité dans le monde occidental ? Cette pratique est d’ailleurs très courante dans de nombreuses professions et pourtant les journalistes semblent y échapper. Alors que paradoxalement c’est un secteur dans lequel la précarité est légion.

La saison 2 de The Newsroom est plus nuancée que la première. Les journalistes sont certes à nouveau présentés comme des bourreaux de travail mais certains parviennent à réussir dans leur vie affective comme Jim (John Gallager, Jr.) quand d’autres connaissent le doute et des failles dans l’exercice de leur profession comme Maggie (Alison Pill). Ce sont toujours de véritables encyclopédies vivantes mais leurs connaissances ne les empêchent pas de faire des erreurs…

En définitive, la série trouve un véritable équilibre entre l’humour et la réflexion et délaisse quelque peu les intrigues amoureuses qui avaient flingué la première saison. Autre changement pertinent, la série est moins didactique. Alors certes, il nous est toujours proposé un regard personnel sur la fabrique de l’information qui ne prétend pas être un documentaire. Mais n’était-ce pas déjà le cas dans A la maison Banche ?

Enfin, la générosité et l’implication des acteurs – Emily Mortimer en tête et Olivia Munn aussi, plus présente que lors de la première saison – sont remarquables. La troisième saison de The Newsroom aura fort à faire pour se maintenir à ce niveau ! Aaron Sorkin a visiblement trouvé la bonne formule et The Newsroom est assurément plus qu’un simple divertissement.

Critique série : Akta Manniskor (Real Humans) saison 1, créée par Lars Lundström

Les hubots rêvent d’être de vrais humains

Synopsis : Äkta Människor se situe dans un monde parallèle où les robots humanoïdes (Hubot) sont devenus des machines courantes dans la société. Ces Hubots sont très réalistes et sont configurés de telle sorte à remplir une large demande. S’adaptant à tous les besoins humains, de la simple tâche ménagère à des activités plus dangereuses voire illégales, la société semble en dépendre. Une partie de la population refuse alors l’intégration de ces robots tandis que les machines manifestent des signes d’indépendance et de personnalité propre.

real-humansIl est préférable d’avoir vu toute la série avant de lire l’article…

La série série télévisée suédoise Akta Manniskor complète idéalement – autant qu’elle approfondit – les réflexions à l’oeuvre dans A.I. Artificial Intelligence de Steven Spielberg (sur lequel avait travaillé Stanley Kubrick). Dans un univers peuplé de Super Robots humanoïdes USB, plus ou moins perfectionnés selon les usages et les moyens, les machines les plus évoluées sont rapidement ostracisées. Les humains se montrent tout aussi nuisibles que les hubots et largement intolérants,  pas préparés pour deux sous à cette révolution technologique majeure. Ils sont déstabilisés par l’omniprésence de machines si perfectionnées et aussi ressemblantes.

Grâce au hacker Leo Eischer, les hubots gagnent en autonomie et s’émancipent. Malgré tout, cela ne leur permet pas de détecter la mort d’un homme par exemple. Ces hubots sont capables d’ironie, disposent d’une mémoire sans faille, ils sont esthétiques et séduisants même si certaines de leurs expressions ou comportements trahissent parfois leur condition. A côté, les Hommes font pâle figure et sont d’une rare inertie. Les deux « espèces » doivent se recharger et se révèlent incomplètes. Les hubots incarnent un certain idéal humain – au niveau plastique – tout en restant des objets. Immortels, increvables, ils peuvent accomplir les tâches les plus éprouvantes physiquement, sans commettre d’erreur.  Et certains humains en tombent amoureux…

Lorsqu’ils dérangent, les hubots peuvent être débranchés ! C’est peu souvent le cas car les hubots sont attentionnés et de bonne compagnie. Ils demandent aux Hommes avec impertinence à quoi sert leur travail ou bien qu’est-ce qui les rend si différents ? Les personnages s’interrogent alors que l’usage qu’ils font de leur savoir et de leurs capacités…

La série est d’actualité tout en étant pleinement dans l’anticipation. Akta Manniskor vient réactualiser les problématiques soulevées par Isaac Asimov dans son cycle sur les robots. D’ailleurs les robots sont limités par les règles de la robotique de l’écrivain de science-fiction, dans leur fonctionnement de base. L’assassinat d’humains par des hubots ne semblent pas vraiment possible aux yeux des premiers qui font confiance à la conception des robots dont le libre-arbitre semble limité… Que passe-t-il alors par la tête de ces robots initialement conçus pour servi l’Homme et qui voient maintenant plus loin ? (une problématique déjà centrale dans les brilliantissimes Blade Runner et Ghost in the Shell.

Akta Manniskor emprunte aussi lorsqu’elle évoque le hacker capable de modifier son propre corps à la philosophie extropienne pour laquelle une nouvelle espèce supérieure à la nôtre serait possible. La technologie augmentant l’humain donne ainsi lieu au transhumanisme selon Max More et Natasha Vita-More. Les extropiens cherchent à apporter des améliorations à nos capacités intellectuelles, physiologiques, à notre développement émotif et à la longévité de la vie. Ils préconisent l’utilisation de la science pour accélérer notre transition de l’état humain vers le transhumanisme ou vers une condition posthumaine.

L’Homme façonné par Dieu à son image peut-il à son tour donner vie à une créature ? Pour Philippe Breton (A l’Image de l’Homme. Du Golem aux créatures virtuelles, Seuil, 1995), cette question revient de manière récurrente dans les récits de créatures artificielles et malgré tous ses efforts, le créateur humain ne parvient qu’à approcher son but, jamais à l’atteindre tout à fait.

La limite de cette première saison est toutefois de représenter des robots qui ne rêvent pas plus grand que d’imiter leurs créateurs. Pourtant Real Humans est une réussite indéniable qui ne souffre d’aucune longueur ou presque au cours de cette première saison mémorable, soignée, intelligente.

Critique : Breaking Bad saison 3 (créée par Vince Gilligan)

Vince Gilligan a fait ses premières armes en tant que scénariste et producteur de la série X-Files et d’un de ses spin-off, The Lone Gunmen. Sachant que la série n’était pas prévue pour durer plus de 3 saisons (on parle de 5 saisons maintenant), Breaking Bad montrera-t-elle quelques signes d’essouflement ?

Avec : Bryan Cranston (Walter White), Anna Gunn (Skyler White), Aaron Paul (Jesse Pinkman), Dean Norris (Hank Schrader), Betsy Brandt (Marie Schrader), RJ Mitte (Walter White Jr), Giancarlo Esposito (Gus Frings).

Après deux saisons de bonne tenue, j’étais impatient de voir ce que cette saison 3 allait révéler et quelle voie choisirait un Walter White en rémission. Dans Breaking Bad, Walter White est un professeur de chimie qui a opté pour la fabrication de méthamphétamines à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Une décision qu’il a prise après qu’on lui ait diagnostiqué un cancer du poumon en phase terminale, afin de payer son traitement et assurer une sécurité financière à sa femme Skyler et ses 2 enfants. Attention : Spoilers dans la suite !

Remis (temporairement) de ses ennuis de santé, Walt (et Skyler) continue(nt) de s’enfoncer dans le mensonge. Et Jesse – à qui Walt voue décidément une confiance sans borne – continue de lui coûter incroyablement cher ! A nouveau, cette saison de Breaking Bad démarre tranquillement. Un peu trop. Elle patine pendant les 4 premiers épisodes. Cela permet de prêter attention au grand soin apporté à la réalisation : panoramas ardents en haute définition, angles de vues insoupçonnés, acteurs impliqués… Pas de doute, c’est du cinéma pour le petit écran !

Dès l’épisode 5, sous l’impulsion maîtrisée de Vince Gilligan, Breaking Bad se transforme (à l’image de Walt) en montagnes russes. Breaking Bad fait son show et mêle violence démonstrative et drame humain, en jouant sans cesse sur les attentes du spectateur, ravi d’être secoué. Parmi les surprises de cette nouvelle saison, on relèvera que les attentions (et les soins) se portent (aussi) sur Hank, le beau-frère de Walt. Même si c’est en lieu et place de Walt qu’Hank a failli rejoindre le pays des morts, Walt démontre une grande humanité. Aussi, Gus est la vraie révélation de cette saison; il fait preuve d’une énorme présence, d’une grande ambiguïté, et on voit bien qu’il tient entre ses mains le destin de Walt, passé définitivement du côté obscur de la série US. Ce dernier se demande bien comment il en est arrivé là mais la machine est en marche, inéluctablement. D’autant plus que Skyler entre dans le jeu de Walt et le couvre, malgré le peu d’assurance dont elle dispose à son sujet, malgré une procédure de divorce engagée. Le séjour en hôpital de son beau-frère Hank lui a permis de mieux comprendre ce qu’avait enduré son mari; Les petits moments d’indécision et de tensions, de maladresses entre Skyler et Walt sont nombreux et accentuent la touche réaliste de Breaking Bad.

A l’image de l’avocat-clown de Walt et Jesse la série tourne parfois à la caricature mais avant l’apparition du générique de fin, Breaking Bad parvient toujours à nous surprendre et à remporter notre adhésion. A tel point qu’il est difficile de se contenter du visionnage d’un seul épisode. On veut toujours savoir ce qu’il va se passer dans la tête et autour des personnages. Inévitablement, l’étau se ressere sur Jesse et Walt (affaire du camping car + Season finale), même s’il est à redouter que l’intrigue se recentre sur ce type de règlements de compte. Bryan Cranston est toujours aussi incroyable tant il est capable de faire jouer toutes les émotions imaginables en canalysant l’attention et en portant ni plus ni moins que les enjeux de la série…

La force de Breaking Bad est paradoxalement son relatif manque de moyen (en témoigne l’épisode 10, intitulé La mouche) qui contraint toute l’équipe à faire preuve de créativité et de débrouille. On n’est clairement pas dans du Scarface à la télé et c’est ce qui rend la série ambigüe, suggestive et si captivante. Cette saison plus violente, ancrée dans un grand souci de réalisme, nous fait pleinement goûter à la double vie de Walt.