Critique livre : Parapluie de Will Self

 Je suis James Joyce

Résumé : Angleterre, 1971. Un psychiatre, le Dr Zachary Busner, s’intéresse au cas d’Audrey Death, une femme plongée dans un état catatonique depuis près de cinquante ans. Pour soigner sa patiente, Busner lui administre une drogue proche du LSD, qui va réveiller chez elle le récit de toute une vie.
Et c’est un monde fourmillant qui prend corps, celui du Londres de 1915, avec ses usines de parapluies, de munitions, l’émergence du féminisme et du socialisme. Mais aussi la Grande Guerre, dans laquelle se perdent les frères d’Audrey, Stanley et Albert.
Qu’est-il arrivé à Audrey ? Et que fait-elle dans cet asile d’aliénés ? Obsédé par cette question, Busner ne reconstituera le puzzle Death que dans les années 2000.
Multipliant les collisions de récits et d’époques, Parapluie mêle avec maestria la grande et la petite Histoire dans cet extraordinaire roman-fleuve aux accents joyciens.

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Verdict :

En lisant ici ou là ce qui avait été écrit sur ce livre, j’ai cru comprendre qu’il était ardu… Il n’en fallait pas pour me donner envie de relever le défi. Ai-je bien fait ?

Ecrire ce billet sur Parapluie, n’est pas une sinécure tant le livre offre peu de portes d’entrées, de structure et de progression linéaire. Will Self – qui est sans doute l’un de mes auteurs favoris – se lance ici dans une expérimentation littéraire aussi ambitieuse que déroutante. Mêlant d’un bloc l’histoire d’Audrey Death, patiente souffrant de la maladie du sommeil et la grande Histoire (celle de la seconde guerre mondiale), sujet inépuisable (?) à défaut d’être bien original. L’absence de chapitre n’aide pas à la lisibilité du texte tout comme ce mélange des époques (un peu à la manière du Bruit et la fureur, sans indication ni parties), parfois dans une même page. L’influence de James Joyce est revendiquée, tant pis (ou tant mieux) pour le suicide commercial!

On peut apprécier sa virtuosité, son inventivité, sa folie douce et son talent pour les digressions, sa prose alerte et si visuelle, très souvent en roue libre. Pour ne pas dire en mode écriture automatique. On déguste ses métaphores toujours étonnantes comme on revient sans cesse à certains desserts dont on ne parvient pas à se passer… Justement, la recette du chef Will a évolué (disons depuis Le piéton d’Hollywood) tandis que la patte du chef demeure, avec un zeste de plaisir en moins.
Car Parapluie est trop dense, trop indigeste pour être lu d’une traite. Et pourtant je suis un amateur d’écritures aventureuses (Faulkner, Céline, Foster Wallace…) Peut-être faut-il venir y butiner de temps en temps pour l’apprécier. En définitive, il est évident qu’on ne peut aimer autant toutes les « périodes » d’un artiste, qu’on ne peut adhérer à toutes les invitations au voyage proposées et surtout que… tout cela soit ô combien subjectif ; et là, l’ami Will s’est lancé corps et âme dans une entreprise qui ne me convainc pas vraiment. Parapluie est d’ailleurs le premier tome d’une trilogie à venir…

Je ne conseille pas ce livre pour entrer dans l’Oeuvre (riche) de l’ami Will, ayant lui aussi été interné ce qui explique qu’il parle aussi bien et aussi vrai d’un environnement qui semble aussi familier… On peut plutôt préférer le livre Les Grands Singes à Parapluie – mon préféré parmi ceux que j’ai lus – bijou de nonsense et de drôlerie. D’ailleurs, on retrouve le personnage du docteur Busner dans les deux livres!

En bref, Will Self aime toujours autant jouer avec son lecteur et le promener. Cependant, l’auteur n’a jamais autant demandé autant d’implication de la part de son lecteur. C’est à lui de recomposer le puzzle. Voire de faire du collage! De prendre des notes (le plus tôt sera le mieux). N’oublions pas enfin que ce livre a été finaliste du Man Booker Prize en 2012. Ce qui en dit long sur… son ambition ?

je vous conseille de lire cet échange d’e-mails au sujet du livre publié sur le site de Chronicart ; on peut y lire notamment que l’écriture de Self dans Parapluie s’apparente à du free jazz! Belle métaphore (et assez juste).

Un grand merci aux Editions de l’Olivier pour cet envoi!

Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner

Livre 145 × 220 mm 416 pages
EAN : 9782823601909
24,00 €

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