Critique cinéma : Wrong Cops de Quentin Dupieux

Synopsis : Los Angeles 2014. Duke, un flic pourri et mélomane, deale de l’herbe et terrorise les passants. Ses collègues au commissariat: un obsédé sexuel, une flic maître chanteur, un chercheur de trésor au passé douteux, un borgne difforme se rêvant star de techno… Leur système fait de petites combines et de jeux d’influence se dérègle lorsque la dernière victime de Duke, un voisin laissé pour mort dans son coffre, se réveille.

Avec Mark Burnham, Eric Judor, Marilyn Manson

Genre : Comédie, Nonsense

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Wrong Cops est une somme de 6 courts-métrages ou 6 sketches ayant pour point comme des flics qui ne font rien de ce que leur fonction exige. Car il n’y a pas de flics pour contrôler les flics. En refusant à tout prix de tomber dans l’écueil du récit classique, ce qui est l’une des forces du cinéma (par rapport au roman ou à la série), Dupieux veut toujours surprendre son spectateur avec au menu de son dernier film tourné en numérique : de l’écriture automatique, du nonsense, des sketches et gags hilarants parfois, quand ils ne tombent pas à plat. Chacun réagira différemment aux gags, selon sa sensibilité et son sens de l’humour (et ses limites) comme j’ai pu l’observer dans la salle de cinéma…

L’image est soignée, léchée. Et si l’auteur clame qu’il a filmé à l’arrache et « comme un connard » (dans le numéro des Cahiers du cinéma de mars 2014), le visuel est pourtant la grande réussite du film : on y trouve ce qu’une technique artisanale et accessible (Canon 7D) permet de faire de mieux. Réussite qui repose en partie sur le savoir-faire de l’équipe, acquis sur les tournages de Wrong et Rubber. Le second est d’ailleurs à ce jour le film le plus ambitieux de l’auteur. Il est à craindre que Dupieux parvienne d’ailleurs à réitérer cette petite prouesse, au pitch inénarrable mais qui avait fait beaucoup parler lors de sa sortie en salles.

Ce qui fascine dans le cinéma de Mr. Oizo ce sont ses personnages. Ils semblent dépourvus de toute espèce de jugeote et répondre à des instincts primaires (l’argent, le sexe) sauf dans la scène finale où le flic Duke donne un point de vue inattendu sur l’au-delà. Ils font tout l’inverse de ce que suggère leur apparence, leur costume. Ils sont aussi en roue libre, comme le film, dont les séquences ont été écrites en état de semi-sommeil (faut-il comprendre sous l’effet des drogues ? Probablement). Au vu de la conclusion très dickienne du film, plutôt agréable, j’ai vraiment ressenti à quel point l’auteur du film était paresseux. Ou plutôt à quel point il peine à construire quelque chose de structuré, un canevas de basse à partir duquel il laisserait libre cours – dans un second temps – au nonsense ; dans lequel il faut bien le reconnaître, il est très habile au point d’en faire une marque. Le réalisateur français ayant émigré à LA a par ailleurs remonté son film, un peu comme Wong Kar Wai l’avait fait avec 2046, mais c’est à mon avis en amont, durant la phase d’écriture, que des ajustements auraient dû avoir lieu.

L’auteur convoque en même temps qu’il lui rend hommage l’univers de David Lynch en faisant tourner Grace Zabriskie et Ray Wise, disparu des écrans… Un imaginaire qui, soit dit en passant, n’a rien à voir avec celui de Dupieux ! Celui_ci est plus proche d’un Beckett, toute proportion gardée, que d’un maniériste comme Lynch. Tout comme dans les précédentes réalisations du cinéaste (et musicien), avec des fortunes diverses, Wrong Cops peine à trouver un second souffle et à convaincre tout à fait. Les histoires que montrent Dupieux gagneraient à être brèves et le court-métrage ou même le moyen métrage lui conviennent mieux.

Le film se fourvoie en séquences peu cinégéniques (un flic musicien qui fait un peu trop écouter sa musique, quel intérêt ?) La bande son signée Dupieux/Oizo est trop envahissante, même si elle vient parfois à propos pour illustrer le grand guignol de Wrong Cops. Elle est trop souvent le moteur d’un récit en roue libre, comme je l’ai déjà dit. Et cela dysfonctionne sur la durée. Si l’on ajoute à cela l’auto-citation, il m’a semblé très clair que Mr Dupieux a mis trop de lui dans ce film et que son cinéma manque d’ouverture. Il signe là un quatrième film mineur, loin d’être un sans faute… car le script est trop brut, pas du tout fignolé, fait de séquences collées les unes aux autres de manière arbitraire et manquant de liant. Curieusement, on peut faire le même reproche à sa musique ! Et ce que dit le responsable de major que visitent Eric Judor (dont le potentiel comique n’est pas vraiment exploité) et le revenant du film (idée magnifique, dickienne à nouveau) en découvrant la musique du flic musicien borgne : il a la sensation en écoutant la musique qu' »il manque quelque chose ». Dupieux est sans doute un créateur trop pressé… Il le confesse lui même dans l’interview accordée dans les Cahiers.

Wrong Cops est tout de même plaisant, hilarant par à coups. Fascinant puis décevant, très drôle puis peu après exaspérant. Le talent du bonhomme est évident. Mais il faut parfois forcer ce talent… Et ça ce n’est pas donné à tout le monde. Une oeuvre mineure et sans prétention ? (vraiment ?)

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