Critique cinéma : Week-end d’Andrew Haigh

Synopsis : un vendredi soir, après une soirée arrosée chez ses amis, Russell décide de sortir dans un club gay. Juste avant la fermeture, il rencontre Glen et finit par rentrer avec lui. Mais ce qu’il avait pensé n’être qu’une aventure d’un soir va finalement se transformer en toute autre chose. Lors de ce week-end rythmé par les excès, les confidences et le sexe, les deux hommes vont peu à peu apprendre à se connaître. Une brève rencontre qui résonnera toute leur vie…

Le script de Week-End est d’une simplicité biblique. Ce à quoi viendra s’ajouter un dénouement on ne peut plus prévisible… mais est-ce là l’essentiel ? Nenni ! Tant l’attention ne faiblit jamais dans cette romance, sorte de Brokeback Mountain urbain, d’une profondeur remarquable, dont la mise en scène doit beaucoup à John Cassavetes.

Voilà donc un drame amoureux tout à fait brut, sans artifice ni extravagance, qui est un instantané des problématiques liées à la communauté gay, mais pas que… Car grâce à une réelle qualité d’écriture (et une sage maturité), Week-End est passionnant par la qualité de réflexion sur l’engagement (ici dans le couple) et le sens de l’observation dont fait preuve le cinéaste, Andrew Haigh. Ce dont tout ou partie du cinéma « de divertissement » semble aujourd’hui quasiment dépourvu.

Je m’explique. Les personnages dépeints dans ce film sont humains, sensibles, pourvus de neurones et d’une épaisseur assez désarmante sur grand écran.  Et cette épaisseur dramatique, faite de conflits intérieurs ne sombrera à aucun moment dans une perte de nerfs caricaturale surjouée ou un règlement de compte stérile et mal à propose, instaurant une intensité factice à laquelle on assiste généralement dans un produit grand public… Ici les personnages restent stoïques et affrontent directement ce qui semble être la réalité (pas de coups, d’armes et donc d’hémoglobine). Ils affrontent leurs démons et contrôlent leurs émotions, domptent leurs pulsions et cette maîtrise intérieure a sans doute rarement été aussi bien filmée au cinéma. Voilà ce qui donne en partie toute sa densité à Week-End.

La grande réussite du film consiste également à faire se rencontrer deux personnages opposés mais pas stéréotypés (une nouvelle fois, quelle écriture !). Glen (Chris New) est un être sans attache, un tantinet misanthrope, qui est sur le point de réaliser une fuite en avant en décidant de partir pour l’Orégon, tandis que Russell (Tom Cullen) est orphelin et rêve d’équilibre, prêt à s’engager (rapidement, il croit au coup de foudre).

Cette opposition de styles ne fait pas d’étincelles, sans doute parce que la rencontre est toute fraîche, mais elle offre la possibilité au cinéaste d’explorer la force des sentiments et de mettre en place un affrontement psychologique qui permettra ou non de retenir Glen. Cet enjeu simple repose sur des fondations stables (et très saines) surtout pour un premier film intime mais pas voyeur, offrant un questionnement philosophique ouvert, jamais pédant.

Les deux acteurs principaux, tous deux issus du petit écran sont prodigieux et portent sur leurs épaules un film limpide. Sidérant.

Publicités

Une réflexion sur “Critique cinéma : Week-end d’Andrew Haigh

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s