De V pour Vendetta aux Anonymous : le masque de Guy Fawkes est-il le garant des libertés fondamentales ?

« Tout esprit profond a besoin d’un masque. »

Nietzsche

Le masque de Guy Fawkes qu’arborait le héros de V pour Vendetta continue de gagner la Toile et les manifestants de tous bords. Comment ce masque hérité d’une bande dessinée permet-il de faire obstacle à toute forme de despotisme orwellien ?

Sybolique du masque dans la fiction

Dans le film V pour Vendetta de James McTeigue, adapté de la bande dessinée éponyme d’Alan Moore et David Lloyd, l’action se situe dans le futur en 2038. Seul rescapé d’une expérience gouvernementale, le personnage principal de V pour Vendetta, défiguré, a recours à un masque pour se rendre indiscernable. Animé par la vengeance, V est le produit d’une société oppressée par le parti unique, appelé Norsefire.

Celui-ci réside seul sous terre dans la galerie des ombres, sorte de forteresse imprenable qui est également un temple d’érudition, lui permettant de se tenir à l’écart des manipulations du parti propagandiste. V fait figure de sauveur, au même titre qu’un super-héros. Yvonne de Sike explique dans Les masques, rites et symboles en Europe : « le masque, choisi ou fabriqué, redouté ou rejeté, invoque le moi perdu, détérioré ou transfiguré de celui qui le porte. »

V trouve dans le masque un outil de fabulation qui lui permet d’embrasser avec force un contre-pouvoir. Le masque revêtu par V lui permet aussi de se consacrer exclusivement à cette cause libératrice autant que de laisser éclater une nature destructrice.

Un masque hérité de la tradition théâtrale

Le masque de V se présente ainsi : sans couleur, les yeux, la bouche et la moustache sont noirs, le reste du visage est blanc. Il occupe l’intégralité du visage et V utilise même une perruque aux longs cheveux et une cape pour compléter son costume. C’est une réplique du visage de Guy Fawkes, connu pour avoir tenté de faire exploser le Parlement anglais au début du XVIIème siècle. Le déguisement représente donc immédiatement la lutte…

Ce masque affiche par ailleurs un rictus. S’agit-il d’un rire diabolique ? V est pourtant un être qui s’exprime sur un ton serein mais qui ne paraît jamais douter de sa capacité à parvenir à ses fins. Georges Buraud définit le masque ainsi dans Les masques : « Un masque, c’est l’apparence d’une figure posée sur un corps auquel elle ne pas appartenir naturellement, et qui, pourtant, est née de lui et en exprime de façon détournée le mystère. »

Spectaculaire, le masque peut tour à tour être centripète et centrifuge, captivant les regards et déroutant en même temps. Mais pour celui qui le porte, le masque est un moyen (de créer une situation chaotique, de délivrer un message) et une fin, un ultime combat. Car toujours selon Georges Buraud, « Un masque, c’est ordinairement une grimace qui agit et persuade. Derrière elle se cache la conscience qui veille et règle souverainement le Jeu ». Le masque de V préfigure surtout l’espoir d’un ordre nouveau.

Utilisé au théâtre ou dans le cas de cérémonies rituelles, le masque fait office de symbole de transition entre le monde des vivants et celui des morts dans certaines cultures. De plus, les références au théâtre sont nombreuses dans V pour Vendetta : V cite Shakespeare et le miroir que l’on trouve dans son repaire porte l’inscription « Vi veri veniversum vivus vici » (Par le pouvoir de la vérité, j’ai de mon vivant conquis l’univers), tirée de l’adaptation théâtrale de Faust par Christopher Marlowe.

A quelles fins est utilisé le masque dans le monde réel ?

Comme le dit Odette Aslan dans Le masque, du rite au théâtre, « le masque ne raconte pas seulement de lointaines luttes mythologiques, il est lui-même outil de lutte, il s’inscrit dans le réel et dans l’Histoire« . Sur la Toile d’abord, le collectif d’hacktivistes Anonymous est représenté par le même masque que V. Un choix délibéré. Il ne s’agit pas d’une récupération mais d’un moyen efficace de s’élever contre les dérives liberticides (selon le point de vue) qui pourraient frapper Internet, qui plus est à la suite de la fermeture de diffusion de vidéos pirates Megaupload.

Dès l’arrestation des fondateurs du site, les Anonymous se sont élevés contre la décision unilatérale du FBI qui a décidé de couper l’accès à Megaupload pour tous les internautes de la planète. L’anonymat (le masque) facilite la création d’un mouvement international, global sans distinction de langue ou de culture et surtout sans leadership.

Frédéric Bardeau et Nicolas Danet, auteurs du livre Anonymous, Pirates informatiques ou altermondialistes numériques, expliquaient dans le Huffington Post qu’au sujet des « récentes attaques d’Anonymous contre les sites du Département de la Justice américain, de la Maison Blanche, de Sony, du FBI, etc.. Il s’agit de s’en prendre aux représentations numériques d’un pouvoir économique et politique qui soutient une vision d’Internet en contradiction avec les valeurs d’Internet. »

Cet article est paru dans la revue Amusement.

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