Critique : Mingus Mood de William Memlouk

Quatrième de couv’ : En 1957, Charlie M., célèbre contrebassiste et compositeur de jazz, quitte New York sur un coup de tête pour rejoindre Tijuana, ville frontière mexicaine, à bord d’une voiture qu’il vient de gagner dans une joute musicale. Que fuit-il ? L’humiliation des lois ségrégationnistes nord-américaines ? Ou son amour impossible pour une femme blanche de Greenwich Village ? Sait-il déjà que toute sa révolte et sa passion s’incarneront là-bas dans son plus bel album, Tijuana moods ? En 1981, interviewé par une journaliste dans un bar de La Nouvelle-Orléans, un vieil ami se remémore les fragments de sa vie aux côtés de Mingus. Le narrateur évoque alors l’enfance du petit Charlie, confronté au racisme ordinaire, le traumatisme de la mort de sa mère, sa colère montante face aux injustices sociales. Puis vient son extraordinaire ascension musicale, sa passion pour la boxe, cette folie sourde qui le menace, son expérience de la psychanalyse, son besoin farouche de liberté, d’alcool et de drogue. Jusqu’à cette rencontre improbable avec une femme blanche qu’il séduit instantanément, et dont il tombe éperdument amoureux. Mais leurs univers se révéleront trop radicalement éloignés. Atteint d’une maladie dégénérative, Charlie terminera tragiquement son existence, paralysé sur un fauteuil roulant. S’il n’a pas eu de son vivant la reconnaissance qu’il méritait, tous ceux qui l’ont connu s’accordent à voir en lui, plus encore qu’un virtuose, un véritable génie. Ses légendaires accès de rage, sur la scène comme dans sa vie privée, traduisent le combat qui fut le sien contre une Amérique qui n’avait cessé de le rejeter.
Construit comme une brillante improvisation musicale, mêlant éléments biographiques et imaginaires, ce récit retrace la trajectoire fulgurante d’un des musiciens les plus importants du XXe siècle. À travers la reconstitution des moments clefs de sa vie, se dessine le portrait captivant d’un homme possédé par le jazz, ayant voué sa vie entière à la musique.

Sur l’auteur : William Memlouk a 34 ans. Après s’être spécialisé en littérature et musique de jazz à l’École doctorale d’Aix-en-Provence, il devient journaliste professionnel et collabore avec plusieurs magazines culturels. Il est aujourd’hui rédacteur en chef d’une revue de psychologie et directeur de collections.

Dans ce premier roman, William Memlouk nous fait vivre la légende de Charlie Mingus de l’intérieur, avec un vrai talent d’écriture et de conteur. A tel point qu’il est peu évident de délimiter l’hstoire et les parties relevant de l’imaginaire de William Memlouk. C’est tout l’attrait de ce livre qui même génie artistique, troubles sentimentaux, racisme, pulsions intérieures…

Sous la plume de Memlouk, Charlie Mingus était un sanguin, obsédé par Tijuana, une ville dans laquelle il pouvait s’afficher au bras d’une blanche. Et si le fondateur de Charlie Modernists pouvait passer pour quelqu’un d’arrogant, de rude ou de malpoli, c’était plutôt par maladresse, par incompréhension, par timidité excessive. D’où le recours à la musique comme langage.

Ce qui peut aparaître comme paradoxal avec ce portrait de Mingus, c’est sa vision aérienne du jazz. En fait, il apparaît que Mingus composait comme on écrit, ce qui explique la singularité de sa musique. Et le rapport conflictuel de Charlie Mingus au monde s’exprime à travers sa musique, qui contient autant d’influences africaines que d’énergie américaine transformée en rage. Mingus avait mélangé jazz et boxe, les deux armes dont disposaient les afro-américains pour lutter.

William Melouk l’indique en ces termes : « au contact du ghetto, la contrebasse était devenue son arme. Sous les assauts répétées de ses énormes mains, il avait appris, au fil du temps, à faire valdinguer les notes de musique comme autant d’unjustices et d’adversaires écartés de son chemin, les uns après les autres. » (p.28) Avec ce premier roman, la passion de Memlouk pour son sujet passe. Et sa connaissance de la musique lui donne toute sa force et son crédit.

 

Mingus Mood de William Memlouk

Editions Julliard, août 2011

248 pages, 18 €

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