Critique : La théorie de la lumière et de la matière d’Andrew Porter

La théorie de la lumière et de la matière est le premier recueil de nouvelles d’un professeur agrégé d’écriture à l’Université de Trinity au Texas. Andrew Porter a reçu de nombreux prix littéraires outre-Atlantique dont le Flannery O’Connor Award en 2008. Diplômé de l’atelier des écrivains de l’Iowa, ses nouvelles ont été publiées dans différentes revues et journaux avant d’être traduites en France et aux Pays-Bas. Andrew Porter a grandi à Lancaster, en Pennsylvanie, Etat américain dans lequel il situe plusieurs de ses textes.

Sans plus attendre, tentons de faire d’emblée la lumière sur ce titre énigmatique – mystérieux et attirant pour les uns, déroutant voire pédant pour d’autres – qui nous aiguille d’emblée sur une fausse piste. En effet, il n’est jamais question de physique quantique dans ce recueil sémillant. Simplement, nous ferons bien connaissance avec un professeur de physique (et cinéphile) dans la nouvelle éponyme, qui justifierait d’ailleurs à elle seule la lecture de La théorie de la lumière et de la matière. Titré ainsi, on pourrait s’attendre aussi à ce que tout ou partie du recueil plonge son lecteur dans la littérature de genre. La première nouvelle, sobrement intitulée Trou, joue même avec les codes chers à la littérature fantastique. Mais de celle-ci on retiendra surtout l’invitation à regarder au-delà des apparences. Pour le reste La théorie de la lumière et de la matière s’inscrit dans le courant des nouvelles américaines réalistes, héritées de Raymond Carver.

Raymond Carver

On trouve dans La théorie de la lumière et de la matière, le récit d’une étudiante tiraillée entre sa passion pour un professeur de physique et son ami (dans la nouvelle éponyme), de la relation particulière qu’entretiennent un enfant homosexuel et ses parents adoptifs, d’une personne qui vient de rompre avec son petit ami et qui révèle peu à peu ce qui a conduit à cette impasse, d’un voisin disparu… Il s’agit de chroniques sociales simples et disparates, peuplées de héros ordinaires. Ces derniers sont généralement en proie au doute, moteur de la narration. Une fois
lancés dans la lecture de ce recueil, nous sommes happés par la cohésion des récits universels qui y sont développés. Si Porter s’intéresse aux familles américaines aisées évoluant au Texas, dans le Connecticut ou alors comme lui en Pennsylvanie, ses personnages doivent affronter
l’avènement brutal de maladies, les déceptions amoureuses, le deuil. Ils se sentent souvent étrangers aux membres de leur propre famille, auxquels ils peuvent cacher d’importants secrets…

En surface, les histoires que nous raconte Porter sont simples. Mais elles possèdent une grande part d’indécision, de trahisons, d’hostilités, de mystères et de non dits qui se révèlent sous la plume de l’auteur dans une langue concise, sans démonstration ni moralisation. Avec une distance marmoréenne et un cynisme exquis, Porter tente de sonder l’âme humaine sans artifices, avec une phrase minimaliste et directe, un minimum de dialogues et de descriptions fonctionnels. Le choix des actions brossées offre la possibilité à l’écrivain de définir instantanément des personnes, parfois contraintes de subir la présence des autres mais qui parviennent à tirer leurs forces de ces chocs instigateurs.

A la lecture de ce recueil, on pense donc inévitablement à Raymond Carver et à Short Cuts de
Robert Altman. La théorie de la lumière et de la matière est une somme de récits réalistes, d’instants prégnants qui déterminent l’existence. La comparaison avec Carver ne paraît jamais intimider Porter qui parvient à insuffler sa voix singulière à ses nouvelles. En cela, on pourra comparer ce premier recueil à celui de Brady Udall (lui-même enseignant en littérature), Lâchons
les chiens
.

Ces dix nouvelles n’ont pas toutes la puissance de La théorie de la lumière et de la matière ou
de Connecticut, mais elles révèlent une nouvelle voix de tout premier plan, dans le plus
pur style de la nouvelle américaine, éternel.

La théorie de la lumière et de la matière, Andrew Porter

Ed. de L’Olivier, 2011

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