Critique : Minuit à Paris de Woody Allen

« Sincèrement, je ne crois pas ­posséder ce qu’il faut pour être un cinéaste de génie. »

Woody Allen à Télérama

Loin de Cannes, j’ai quand même pu découvrir le dernier Woody Allen, ce mercredi. Dans celui-ci, Inez et Gil sont en vacances à Paris. Comme annoncé ? Lisez donc la suite… ou allez voir le film, avant tout !

Après un dernier rendez-vous honoré mais nous ayant laissé clairement sur notre faim (Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu), Minuit à Paris rassure. fidèle à sa sortie annuelle, produisant à cette cadence effrénée (au scénario et à la réalisation) depuis plus de quarante ans. Ce Minuit à Paris montre que Woody Allen est en grande forme, inspiré, drôle, audacieux, insatiable. L’humoriste juif New-Yorkais se porte très bien aussi, qu’on se le dise. Soufflant le chaud et le froid, en partie à cause d’une grande productivité, quand bien même Woody Allen réussirait un film sur deux, ça nous ferait quand même 21 perles !

Tout le monde dit Paris I Love You

Paris n’était-il pas le cadre idéal pour tourner une énième variation sur fond de comédie romantique allenienne, après Barcelone, Londres, et New York bien sûr ? En attendant Rome où sera tourné son prochain film. Pour Woody Allen, Paris signifie davantage : « Avec du recul, je me dis que j’aurais pu vivre [à Paris], ou au minimum, j’aurais pu y prendre un appartement et me partager entre les deux villes. Or, je ne l’ai pas fait, et je le regrette » confie-t-il dans le dossier de presse.

Voilà qui explique (en partie) pourquoi Minuit à Paris est si réussi, Woody Allen considère Paris comme la plus belle ville du monde (ex-aequo avec New-York). En mettant en scène Gil, scénariste hollywoodien – double d’Allen – ayant délaissé ses ambitions d’écrivain, Woody Allen se demande – plein de nostalgie – ce qui aurait pu se passer s’il avait aménagé à Paris, quelques années plus tôt… Minuit à Paris est donc bien plus qu’une déclaration d’amour d’un cinéaste-touriste pour le vin de Bordeaux, la Tour Eiffel, les quais de Seine,Versailles… Paris filmé par Woody Allen a décidément quelque chose de malicieux et de merveilleux.

Allen parvient à saisir toute l’effervescence créative de la Ville Lumière, toutes ces vignettes qui vous traversent l’esprit lorsque l’on parcourt la Mecque des arts. Il nous fait même voyager dans le temps (Avant-Garde, Belle Epoque…), à nous faire partager sa vision d’un Paris autant historique que fantasmé. Oui, cela constitue la vraie trouvaille de ce Minuit à Paris : Une virée fantastique. On pense inévitablement à La rose pourpre du Caire. Un régal ! Une fois les douze coups de minuit sonnés, le scénariste Gil Pender (Owen Wilson) voyage dans le Paris des années 1920 en compagnie d’Hemingway, Picasso, Dali, Man Ray, Bunuel… Né trop tard, le voyage temporel de Gil sonne comme la promesse d’un nouveau départ, conseillé par Gertrude Stein, épaulé par Fitzgerald et conseillé par Hemingway, il se paie même le luxe de souffler des idées à Bunuel !

Le Owen Wilson show

Owen Wilson est parfaitement à la hauteur en American Lover et amant gauche au possible (personnage allenien par excellence). Difficile de ne pas se remémorer sa performance dans Comment savoir de James L. Brooks, dans lequel il se retrouvait il y a peu dans la position du séducteur déchu… Dans Minuit à Paris, l’acteur est parfois à la limite du surjeu, sans fléchir, mal à l’aise en présence de son épouse (Rachel Mc Adams) et de ses beaux-parents – qui ne l’apprécient guère. Il fait croire à ces derniers qu’il se consacre exclusivement à l’écriture pour mieux découcher et aller rejoindre la belle Adriana (Marion Cotillard). C’est en sa présence qu’il multiplie les rencontres artistiques de tout premier ordre (Toulouse-Lautrec, Gauguin), caressant les rêves d’Allen : dialoguer avec le Paris de 1920, l’avant-garde artistique…

Wilson est d’autant plus génial en touriste californien découvrant la capitale ! Un reproche que certains ne manqueront pas de faire au cinéaste New-Yorkais : épouser à nouveau le regard du touriste comme il l’avait déjà fait dans Vicky Christina Barcelona par exemple. Mais en ce qui consiste à jouer une nouvelle fois la partition de l’incompréhension dans le couple, Allen a trouvé en Wilson l’acteur idéal. Une fois de plus, comment ne pas reconnaître qu’Allen et son directeur de casting Stéphane Foenkinos ont eu le nez creux.

Et que dire du reste de la distribution… Pas besoin de répliques à Gad Elmaleh pour amuser, Michael Sheen est parfaitement irritable dans son rôle, le couple Fitzgerald est un peu expédié mais sa présence contribue à la surprise d’ensemble. Quant à la première dame, Carla Bruni-Sarkozy dont la participation était très attendue, elle dispose d’un tout petit rôle qui ne lui permet pas de trouver le ton juste…

La photographie de Darius Khondji (Seven, Delicatessen, My Blueberry Nights) est impeccable tout comme la mise en scène d’Allen. Si la magie du film opère par à coups, on a l’impression d’assister au meilleur film de Woody Allen depuis bien longtemps. Il s’agit pourtant d’un cinéaste que j’admire, mais je ne peux m’empêcher de penser que ses incursions dans le genre fantastique auraient sans doute gagné à être plus fréquentes. Ce savant mélange de fantastique et d’humour sied si bien à Woody. Et je trouve Minuit à Paris supérieur à Scoop par exemple. Mieux écrit, plus raffiné et maîtrisé.

Ce millésime 2011 est enivrant.  Tournant avec de nouveaux acteurs, dans de nouveaux décors… les films de Woody Allen n’en possèdent pas moins à chaque incursion une couleur, une signature et un attrait inimitables. On saluera donc à nouveau la bonne santé et toute la vitalité de son cinéma. Allen livre là un de ses films les plus habilement écrit, tout simplement.

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