Rencontre virtuelle avec Thomas Pynchon

 

Nous avons contacté Thomas Pynchon, le célèbre romancier américain de science-fiction auteur de L’arc-en-ciel de la gravité, V, ou encore Contre-jour, son avant-dernier pavé. Un écrivain que le critique littéraire Harold Bloom place parmi les plus talentueux de la langue américaine.

Ce dernier refusant toute apparition publique, nous l’avons contacté via Facebook. Les mots nous manquent pour décrire l’émoi ressenti lorsque nous avons découvert les réponses de Thomas Pynchon, dans notre boîte mail. Voici le document.

 

Bonjour Thomas Pynchon. Je salue votre talent, votre univers et votre plume. Néanmoins, pouvez-vous nous éclairer sur votre choix de vie, l’absence d’apparition publique et votre vie de reclus ?

 Reclus est un terme inventé par les journalistes signifiant « qui n’aime pas parler aux journalistes ». Je fuis la vie médiatique, elle  me rebute et me met mal à l’aise car je suis excessivement timide et secret. Et surtout, je déteste me mettre en scène. Aujourd’hui, les médias sont devenus tellement puissants et omniprésents que si vous n’existez pas publiquement, on peut aller jusqu’à remettre en cause votre identité. La question que vous auriez pu me poser est la suivante : suis-je aussi réel que mes personnages ?

Ne jouez-vous pas à un jeu de cache-cache avec les journalistes ? Vous n’avez pas hésité à troquer un interview contre des photos de vous ?

 Sachant que ces photos étaient sur le point d’être publiées, j’ai choisi le moindre mal. Après un tel accord, je ne considère plus les journalistes comme des gens foncièrement mauvais. Nous partageons une activité qui consiste à faire du business avec notre plume. On trouve certains de mes livres dans les supermarchés. Heureusement, je n’y mets jamais les pieds. Si je ne vendais pas mes livres, il ne me viendrait pas à l’idée d’en écrire.

Avez-vous une petite équipe à votre disposition qui se charge d’éviter toute fuite de photos et d’informations vous concernant ?

 Comme vous pouvez le constater, je n’hésite pas à soudoyer les journalistes. En fait, en dehors de l’intérêt que vous me portez et je vous en remercie, je suis un auteur de science-fiction confidentiel. Mes livres sont tellement dingues que certains critiques publient des commentaires de commentaires concernant mes écrits. Il est donc simple d’éviter toute fuite. Je suis mes livres. Et mes œuvres sont moi. Il y a plus de matière dans mes romans que si j’avais donné un millier d’interviews.

Stanley Kubrick vouait un véritable culte à V. Que pensez-vous de son travail ?

2001 l’odyssée de l’espaceest mon film préféré. Je le considère comme le plus grand chef d’œuvre du cinéma. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier également Le docteur Folamour, Orange Mécanique, Eyes Wide Shut et Shining. Kubrick était doué de la faculté de compléter, de se réapproprier une œuvre qu’il adaptait, pour finalement la dépasser. C’était un vrai génie et je suis fier de l’avoir rencontré. Le fait qu’il ait admiré mon travail est une marque de reconnaissance inestimable.

Pourquoi avoir choisi de prêter votre voix à la série télévisée d’animation The Simpsons qui vous a consacré deux épisodes ?

 La série fait preuve de beaucoup d’humour et parvient toujours à surprendre, à se renouveler et surtout à faire rire. J’ai une visée similaire avec mon travail d’écriture. J’aime la manière dont cette série s’est bâtie un univers singulier mais aisément reconnaissable, en détournant notre monde contemporain. Un univers peuplé de milliers de personnages autonomes.

Il est souvent question de paranoïa dans vos romans. Êtes-vous conspirationniste ?

Considérons les attaques du 11 septembre et les attentats perpétrés aux Etats-Unis contre les tours du World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington. Je fais partie de ceux qui attendent toujours des explications à propos de la chute inexpliquée du WTC 7. Ne trouvez-vous pas suspect que les tours du World Trade Center se soient effondrées sans explosifs et que l’on remette en cause la possibilité d’un crash d’avion sur le Pentagone. Bush est un menteur, un assassin, un bovin. Comment peut-il se promener librement dans ce pays en affichant son triomphalisme sans que la justice ne lui tombe dessus ? Ces propos feront certainement de moi un conspirationniste préférant se cacher derrière ses romans pour mieux fuir ses responsabilités.

Dans vos romans, le thème de la folie est également récurrent…

 C’est la seule chose sérieuse dans ce monde. J’observe que de nombreuses personnes s’enferment dans une certaine routine formant une sorte de cocon protecteur, en se disant peut-être qu’ils échapperont ainsi à la folie. Ils ont tort. C’est lorsque l’on occulte la réflexion, lorsque l’on refuse de faire face a sa raison que la folie guette. J’ai eu recours à la méditation pour me comprendre, aller au fond de moi-même. Cela m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui les gouvernements peuvent faire gober n’importe quoi à des masses perverties par la télévision, alcoolisées et sous antidépresseurs.

Prenez-vous des drogues ?

 Non. S’il est vrai que de nombreux personnages de mes romans ont recours aux drogues telles que l’alcool, le cannabis ou les amphétamines, je n’en fais pas l’apologie. Sur un plan purement littéraire, il s’agit d’une métaphore de la fiction. Qui vous transporte et vous coupe du réel jusqu’à ce que la substance fictive quitte votre corps et votre esprit lorsqu’on arrive au point final d’une œuvre.

 Quel sens donnez-vous à l’usage de paroles de chansons parodiques et de références à la culture populaire ?

 Elles sont très importantes pour moi. Ces chansons font partie de notre histoire et c’est pour cette raison que je m’y réfère très souvent. La musique est aussi importante que les références littéraires ou l’érudition scientifique dans mon travail. Les chansons sont une vraie drogue pour moi. Je ne pourrais pas m’en passer. Alors que je pourrais me passer de la lecture par exemple.

 Avez-vous suivi les cours de Nabokov à Cornell ?

 Absolument, même si lui affirme ne pas se souvenir de moi, ce qui est tout à fait légitime, étant donné le nombre d’étudiants que Vladimir Nabokov a côtoyé. Il est surprenant que sa femme Vera se souvienne de ma plume et non son mari. Mes livres ne doivent pas constituer une bonne publicité pour Nabokov. J’admire sincèrement le travail de cet auteur et  Lolita  est un des livres que je relis régulièrement. C’est un document inégalé sur la frustration sexuelle conduisant à la perversion.

Quels sont vos projets ?

Réécrire tous mes romans. Sérieusement, mes projets sont derrière moi. Mais je ressens l’envie d’écrire un western. Un texte court et épuré qui ne dépassera pas 300 pages, d’une grande précision historique. L’histoire des Etats-Unis me fascine. Je vais donc enfin écrire quelque chose de sérieux. D’ailleurs je vous saurais gré de garder cet entretien pour vous, même si vos questions étaient pertinentes. A bon entendeur…

 

 

Propos recueillis par Juloobs

Vous l’aurez compris, il s’agit d’un exercice d’un blogueur confidentiel en quête de reconnaissance… 

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