Critique : Tomboy de Céline Sciamma

  Just A Boy

 

Après Naissance des pieuvres, beau premier film épicé un peu noyé dans la frénésie des sorties, on attendait la seconde réalisation de Céline Sciamma pour se faire vraiment une idée du potentiel de la cinéaste, de sa capacité à creuser son propre sillon. Avec Tomboy, elle revient avec un film adulte, magnétique, introspectif. Tourné en vingt jours seulement.

 

Laure (Zoé Héran) est un garçon manqué. Après un déménagement, elle décide d’entrer dans la peau d’un nouveau personnage. Elle s’appellera Michaël. Elle deviendra un garçon. C’est ainsi qu’elle se présente à Lisa et aux autres garçons du quartier. Un peu distante au départ, Laure se prend au jeu.

Avec sa coupe garçonne, son débardeur et son short elle ne dépareille pas lorsqu’il s’agit de se mesurer aux boys (de son âge) sur le terrain de foot. Mais ce changement d’identité mensonger ne va pas durer, le masque va devoir tomber car la rentrée des classes se profile…

 

Le pot aux roses est révélé à sa petite sœur, la pétillante Jeanne (Malonn Levana) qui garde le secret. Les jeunes filles sont complices. Ce qui donne lieu à des séquences d’une grande finesse dans l’écriture, très amusantes. Céline Sciamma nous épargne la catharsis de sa jeune héroïne qui a simplement envie de se déguiser avec toute l’insouciance qui caractérise les enfants (de s’habiller comme un garçon, de jouer d’égal à égal avec eux, de porter une fausse moustache). Laure n’est pas une enfant traumatisée, elle met à profit ce déménagement pour tromper son petit monde, de manière non préméditée.

Filmé à hauteur d’enfant, ces derniers – dont la vivacité égaient ce Tomboy – semblent libres de leur parole et oublient la présence de la caméra. C’est peut être l’un des effets les plus bénéfiques de l’appareil de prises de vues Canon 7D que Céline Sciamma a utilisé pour Tomboy. La technique se fait plus légère et en travaillant en équipe réduite, la réalisatrice se laisse aller à l’improvisation, à l’expérimentation, célébrant à sa manière la démocratisation des moyens de concevoir un film; ce qui n’est pas sans rappeler la Nouvelle Vague. Les enfants sont le moteur du film, c’est grâce à eux que plusieurs séquences d’une grande poésie touchent à l’universel : émois amoureux, acceptation des autres, naissance et partage d’amitiés.

 

Les traversées de la forêt donnent des allures de conte initiatique au film. Un final en boucle indique qu’il pourrait s’agir d’un rêve. Mais une autre bonne idée de Céline Sciamma est de faire participer son spectateur, libre d’avoir sa propre lecture du film.

Tomboy est un beau film pop, singulier, minéral, unique en son genre. Conscient de la puissance évocatrice du cinéma en traitant de l’enfance et des sentiments contradictoires qui participent à l’initiation. Un film un peu trop propre sur lui, un poil trop sage mais d’une fraîcheur et d’une prise de risque sublime. Une friandise au-delà de tout formatage, à laquelle l’élève curieux cèdera sans doute, sans risquer de se faire taper sur les doigts. Grâce à Tomboy, Céline Sciamma s’impose sans conteste comme une cinéaste irrésistible, au-dessus de laquelle va défnitivement planer une énorme attente. Elle semble déjà avec ce deuxième long métrage en harmonie avec son cinéma, capable de conquérir cinéphiles et grand public.

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2 réflexions sur “Critique : Tomboy de Céline Sciamma

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