Critique : Monsters de Gareth Edwards

Monstres romantiques

[Cette critique parue initialement sur Excessif a été remaniée à l’occasion de la sortie du film en DVD et Blu-ray]

Dans Monsters, le photographe Andrew Kaulder (Scoot McNairy) doit conduire la jolie touriste Sam Wynden (Whitney Able) dans une zone infectée de créatures bizarres, six ans après une invasion extraterrestre sur Terre. Monsters est le premier long métrage de Gareth Edwards, infographiste et concepteur d’effets visuels à la BBC. Tourné avec une équipe réduite (les acteurs Scoot McNairy et Whitney Able sont visibles à l’écran dans la grande majorité des plans), retour sur ce film iconoclaste qui ne plaira pas à tout le monde. Explications.


Si de nombreux films de monstres fonctionnent sur l’attente, la mise en place d’un dispositif destiné à mieux prendre son spectateur par surprise, avec Monsters, Gareth Edwards propose un film de monstre contemplatif et joue pleinement avec les attentes du spectateur. Ceux qui s’attendaient à frissonner pendant 1h30 vont être déçus (ceux qui veulent découvrir rapidement les créatures le seront également, même si on les voit avec la caméra en mode nuit d’emblée). La seule véritable scène d’action de Monsters intervient pendant le générique d’entrée, le reste est un génial contre pied, baignant dans l’ambiant cotonneuse de Jon Hopkins, protégé de Brian Eno. Les monstres de Gareth Edwards se terrent dans la jungle mexicaine car ils redoutent les avions ! Le cinéaste s’amuse à détourner les codes du genre.

A l’instar de nombreuses fictions post 11 septembre (Cloverfield, La Guerre des mondes, Signes), la menace est d’abord médiatisée, c’est en effet sur les nombreux écrans de télévision qu ‘elle est montrée (on y prête alors aucune attention) avant de faire irruption dans le réel, progressivement… Alors que le photographe Kaulder Sam sirotent tranquillement une tequila avant de traverser la zone infectée par les créatures extra-terrestres – indifférents aux images de guerre diffusées par les télévisions-, on s’attend inévitablement à ce que les deux protagonistes insouciants de Monsters vivent un enfer… mais il n’en sera rien ! Parce que Gareth Edwards s’amuse (autant que son spectateur) à faire travailler notre imaginaire (le plus souvent hors champ donc), à la manière de M. Night Shyamalan. Une belle référence lorsque l’on dispose d’un budget de 15 000 dollars seulement… Mère nature filmée en lumière crépusculaire jouit d’un rendu brillant dans ce film d’anticipation qui semble retourner à l’âge de pierre.


La jungle mexicaine et les non lieux (station service, port) traversés par les deux protagonistes de Monsters font penser à La Route de Cormac Mc Carthy, à la série Walking Dead de Franck Darabont et le film de Gareth Edwards fait froid dans le dos, en préfigurant une humanité en bout de course. C’est tout ce que parvient à capter Monsters en 1h33, dans un film de genre qui s’adresse à ceux qui ne sont pas familiers des films de monstres, voire qui haïssent ces derniers !

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