Critique : Winter’s Bone de Debra Granik

Born to be bad

 

Winter’s Bone, deuxième long-métrage de Debra Granik a remporté le Prix du meilleur film à Sundance. Label de qualité témoignant déjà d’une certaine maturité. Une récompense qui pourrait tout aussi bien déservir le film, présenté comme un énième film indépendant peignant le revers de médaille du rêve américain et des laissés pour compte, n’en disant guère plus.

Winter’s Bone s’appuie sur un travail de documentation méticuleux immergeant son spectateur au fin fond du Missouri. Il s’agit d’une adaptation du roman de l’auteur de polar Daniel Woodrell, auteur habitant la région et qui a servi de guide à la réalisatrice, tout comme certains habitants de cette Amérique rurale, pauvre, aux mains de malfrats, d’artisans d’une drogue de synthèse, la méthamphétamine (à l’instar de Walt, héros de la série Breaking Bad).

 
Winter’s Bone démarre paisiblement, des minots jouent dans la prairie, une jolie blonde étend le linge… le temps du générique. Fondu et changement de décor. Remontez vos jeans mesdames, enfilez vos bottes et bienvenue dans les monts Ozarks, ambiance Twin Peaks bourrine (on note d’ailleurs un caméo de la revenante Sheryl Lee).

Ree Dolly (Jennifer Lawrence) élève seule ses deux jeunes frères et sœurs. Son rêve : entrer dans l’armée. Maternelle, Ree enseigne à son frère et à sa sœur comment se servir d’un fusil. Ici on joue des haches et des fusils pour se faire entendre, on n’hésite pas à défigurer une jolie blonde à l’abri des regards, quand bien même elle tente de faire la lumière sur la disparition de son père. En bon père de famille, ce dernier a hypothéqué la maison familiale comme caution à sa sortie de prison. Ree est déterminée à faire la lumière sur cette affaire, sous peine de se retrouver sans toit. Elle n’a donc pas trop le choix. Même si Teardrop (John Hawkes) son frère, prévient Ree : Jessup a probablement été assassiné. Malgré d’incessantes mises en garde et refus, Ree veut s’adresser au patriarche de la région Thump Milton (Ronnie Hall), aussi obstinée que le K. du Château. elle trouvera les coups et l’horreur.

 

Debra Granik manipule totalement son spectateur dans un film grave, hyperréaliste, filmé en caméra épaule façon Rosetta en lumière naturelle. La caméra de Granik prend le temps de scruter chaque geste, chaque respiration à la recherche du moindre indice, sans ménagement. Cette quête du père disparu est graduelle, elle réserve son lot de révélations malgré un objet répétitif, mécanique. Car elle progresse dans le silence surnaturel des bois. Il y règne une menace perpétuelle de non-lieu, impossible donc de prévoir ce qui s’y trame. On avance à petits pas, en s’embourbant. Cette Amérique profonde est pauvre, sale, impitoyable et ses habitants possèdent un tempérament de feu, l’instinct de vie. On songe à Fargo des frères Coen et à La Route de Cormac Mc Carthy.

 

Winter’s Bone n’est pas de ces films dont on sort unanimement heureux. La rudesse des moeurs missouriens nous renvoie à notre propre bestialité. Ce cinéma des grands espaces et du froid, la quête du père comme affirmation de la vie, gelée par l’hiver dans un présent perpétuel, ne manque pas d’air. Avec Winter’s Bone, Debra Granik secoue son spectateur le contraignant à courir voir son prochain film.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s