Critique : Le discours d’un roi de Tom Hooper

4 statuettes et puis s’en va !

 

Entrons directement dans le vif du sujet : Le discours d’un roi de Tom Hooper démarre de manière inopinée – il fallait arriver à l’heure – avec un discours du… duc de York, futur roi George VI. Prise de parole publique effroyable interrompue de silences à n’en plus finir, des hoquets amplifiés avec un écho en prime. Le duc est bègue et c’est la cata. Comment va donc t-il donc bien pouvoir tordre le coup à cette basse tare ? D’abord peut-il la surmonter vite fait ? Calmons-nous un peu et ménageons notre lecteur. Le discours d’un roi s’ouvre donc sur une prise de parole publique calamiteuse – il va bien falloir faire quelque chose, aïe, aïe, aïe !

 

La gentille Elizabeth (Helena Bonham Carter ou sa cousine ?), femme du duc de York (Colin Firth) décide d’aider son mari en contactant un apprenti orthophoniste (Lionel Logue interprété par Geoffrey Rush) aux méthodes douteuses, s’en remettant aux petites annonces. On ne voit pas de meilleur moyen de dégotter un petit orthophoniste australien bon marché. Script en béton donc (le discours annonçant l’entrée en guerre de l’Angleterre contre l’Allemagne nazie du détestable Hitler va-t-il sortir de la bouche du gentil roi qui s’est moqué de toute considération politique pendant deux heures, à l’exception de 30 secondes d’entrevue avec Churchill), qu’Hooper s’applique à bien étaler.

 

Le discours d’un roi n’a rien d’une fresque historique. La mécanique du discours est de déverser ses préoccupations anecdotiques sur un ton bouffon, de nous accabler d’instants lambda balourds au regard de l’Histoire. Dès le départ, on sent bien que le futur roi est embêté au plus haut point : il parvient difficilement à conter une histoire (grand moment de solitude) à ses propres enfants qui préfèrent tout de même les petites histoires aux pitreries de leur papa. Ce ne sont vraiment pas des enfants ordinaires. S’ensuit dans le cabinet du faux orthophoniste, une querelle tristement absurde sur le shilling avancé par Lionel au Duc Bertie, puis le plaisir – j’en passe – de trinquer à la mémoire du Roi défunt par ailleurs philatéliste (ben ouais !), faire n’importe quoi en chantant et en jurant d’une seule voix pour détendre un peu le spectateur niais – qu’il en aie au moins pour son argent -, faire joujou avec des maquettes d’avions de guerre aussi le temps d’une introspection, mais surtout négocier avec l’Archevêque pour que le prétendu orthophoniste assiste bien au couronnement. Hooper(tuniste) est obnubilé par la préparation et l’envie de faire un film léger comme une plume, occultant tout le reste : ni plus ni moins que le chaos, la seconde guerre mondiale. Le roi passera enfin de son fantôme au discours et à ses responsabilités les doigts dans le nez. Fastoche tellement tout sonne faux. Colin Firth a certes les épaules larges, en plus de bégayer, il louche avidement vers la statuette. Royal !

 

Le discours est issu des planches, du coup, l’angoisse de verser dans du théâtre filmé, façon Sacha Guitry, transpire dans chaque plan. Voilà pourquoi le cinéaste en fait des caisses dans Le discours. Certains cadrages (le roi ratatiné dans le coin inférieur gauche chez Lionel) sont hideux et paraissent presque arbitraires, à l’instar du « cabinet » de Lionel. La photographie laisse parfois à désirer à l’exception d’une très belle scène d’extérieur (on respire !) lumineuse, brumeuse, durant laquelle Bertie (futur roi surnommé ainsi par Lionel) annonce à son thérapeute que son frère George VIII (Guy Pearce, sans commentaire) renonce au trône. Une longue scène qui aurait sans doute gagné en intensité si elle avait été filmée en plan séquence.

 Au-delà des messages du type : même un bègue peut devenir roi, le film rappelle aussi que fumer c’est mal et qu’en plus ça tue, et même parfois on coupe des arbres pour avoir une meilleure vue… Soupir. De cette mascarade – double imposture en fait -, Geoffrey Rush se tire pourtant pas si mal. Lionel Logue (Geoffrey Rush donc), orthophoniste sans titre, acteur raté (dans la fiction) qui aide George VI le bègue à trouver sa voix commettra le sacrilège de prendre le siège du roi. C’est toute l’impertinence du discours d’un roi. Énorme soupir.

 

Qu’importe Bertie, Lionel, Tom et j’en passe sont contents. Ils ont dominé les Oscars 2011. La même année où David Fincher nous a régalé avec un crû exceptionnel, se basant lui aussi sur une histoire vraie (ce n’est donc pas ce qui a particulièrement touché les académiciens), The Social Network. La même année aussi où l’on apprend que la lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice a dansé dans 5% de Black Swan. Pas mal.

 

Au delà de la perte de crédibilité de l’Académie des Oscars, Le discours montre bien l’abîme qu’il existe entre une vision formatée du cinéma et des artistes de la trempe de Sokourov (sans vouloir en faire le Pape du cinéma non plus). De notre côté, nous attendrons sagement la prochaine réalisation de Tom Hooper (Les Misérables) en vue d’une confirmation de tout son potentiel. Reste qu’après The Damned United, un film de surface abordant l’ascension de Brian Clough, coach du club de football de Leeds United et plusieurs téléfilms dont Elizabeth I, Tom Hooper succède à Kathryn Bigelow, rejoint les Scorsese et frères Coen, avec le discours d’un roi… WAKE UP !

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2 réflexions sur “Critique : Le discours d’un roi de Tom Hooper

    1. Le point de vue d’une orthophoniste est éclairant. J’ai apprécié de lire ta critique. Comme tu as sûrement pu le lire dans la mienne, j’ai été déçu par le film dont j’attendais manifestement autre chose, après la pluie de récompenses qu’il a reçu. Il est trop centré sur Le Discours, pas assez sur l’Histoire. Voilà c’est dit avant que l’on me tape sur les doigts 🙂

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