Critique : Dedication de Zomby

Entité musicale sans visage, Zomby sort un album dubstep mutant sur 4AD aux côtés des Bon Iver et Gang Gang Dance.
Zomby s’inspire des bandes-son de jeux vidéos comme d’autres samplent du Funk ou du Jazz. Le résultat est on ne peut plus personnel, empruntant autant à Burial qu’à Animal Collective. Dedication prolonge le défrichage sonore entrepris sur Zomby EP, paru sur Hyperdub fin 2008.

Seulement cet album mélodique s’adresse autant à ceux qui écoutent de la pop qu’à ceux qui ne peuvent pas passer une journée sans se mettre Untrue de Burial tous les matins depuis 5 ans. C’est un véritable bouillon créatif qui renvoie un peu au Druqks d’Aphex Twin dans sa façon de faire cohabiter les pièces électroniques et les mélodies jouées au piano acoustique, d’alterner les plages hétérogènes, d’absorber 60 ans de musique pour la réinventer. Sauf que Zomby ne démonte pas son piano, lui.

Au programme de ce LP en Noir et Blanc : des rythmiques dubstep granuleuses, des mélodies Nintendo, des nappes Autechriennes (Vortex, Vanquish), du piano décomplexé (Haunted, Basquiat), de la house façon Hessle Audio (Mozaik, Riding With Deal) et même de la drum n’ bass en sommeil (Florence). Un album étonnant qui devrait faire date. Dedication fait mouche à chaque écoute. Les tracks phares de l’album s’en trouvent à chaque fois renouvelés, selon l’humeur. Autre bon point ! (enfin quand même, ce A Devil Lay Here…)

4AD a sans doute eu le nez creux en éditant ce qui pourrait être un futur classique. Car Zomby tente beaucoup, dans de multiples directions sans perdre son auditeur. Dedication frappe par sa cohérence et Zomby impose son grain. Zomby, James Blake, Phaeleh, Jamie Woon, Lotus Flower de Radiohead : le dubstep est la pop de 2011. Les puristes peuvent bien s’arracher les cheveux. Et ce Dedication : au fin fond de ton repertoire (à la lettre “Z) mais toujours dans ton player !


Critique : Hash-Bar Loops de DeepChord

En rejoignant Soma, Rod Modell ne vient pas composer de la techno pour les pieds. Si ce nouveau transfert pourrait lui offrir un peu plus de visibilité, il reste fidèle à une odyssée sonore entamée avec Michael Mantra en 1998 sur Sonic Continuum. Il enfonce même encore le clou.

En une poignée d’albums de dub techno mutante, hypnotique et tonale, Mike Schommer et Rod Modell se sont affirmés comme les meilleurs représentants d’un genre désormais autant héritier de Basic Channel que de Tim Hecker. En effet, ce Hash-Bar Loops  semble totalement immergé dans un field recording maîtrisé à la perfection doublé d’un véritable don pour la spatialisation sonore, se délassant encore (à peine) sur les lambeaux de la techno du dernier millénaire, quasi inconsciente dans les nouveaux collages entêtants et liquides de DeepChord. Car leur musique est toujours aussi éthérée, céleste. Elle conserve de la dub techno la justesse maniaque de polissage des fréquences, la profondeur abyssale, le souffle comme une présence, la compression numérique comme un terrain de jeu mais on est ici au plus proche de l’ambiant (façon Rod Modell pour notre plus grand plaisir).

Hash-Bar Loops sonne abouti comme jamais, immatériel mais si immersif, invraisemblable. Au casque, cette virée ténébreuse se révèle d’un impact hallucinant. À chaque nouvelle galette, à chaque titre (peut-on encore parler de titre ?) DeepChord se révèle comme un trip
nécessaire.

Difficile de coller une étiquette sur ce Hash-Bar Loops tant il s’aventure dans des contrées musicales trop peu explorées.
Il ravira à n’en pas douter ceux qui ne se sont pas remis du Incense & Black Light de Rod Modell ou du Liumin de DeepChord. Après plusieurs écoutes, il se révèle tout aussi indispensable.

Sortie : Juin 2011

Label : Soma

Genre : Dub techno


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