Critique : Senna d’Asif Kapadia
Publié : 27/05/2011 Filed under: Cinéma | Tags: Alain Prost, Asif Kapadia, Ayrton Senna, Formule 1, Frank Williams, Mc Laren, Ron Dennis, Williams Renault Laisser un commentaire »Le documentaire d’Asif Kapadia revient sur toutes les étapes et les innombrables rebondissements qui ont conduit au mythe Senna, tué pied au plancher sur le circuit de San Marin lors d’un week-end noir pour le sport automobile, en 1994. S’appuyant sur des images d’archives, Asif Kapadia nous fait revivre, avec un regard de passionné totalement dévoué au pilote brésilien, la révélation de Senna pilote sous des trombes d’eau à Monaco en 1984, grand prix durant lequel il remontait treize places au volant d’une modeste Toleman ! Son coup de volant illumina les paddocks et les spectateurs. Un futur très grand pilote naissait. Mais déjà, il se voyait refuser la victoire au profit d’un certain Alain Prost (après application du règlement, donnée essentielle sur laquelle Asif Kapadia n’insiste pas toujours)…
Fin des années 1980. Le tarmac brûle et les Mc Laren volent sur la Formule 1, discipline reine du sport automobile. Retour dans l’arène des Grand Prix de F1 et l’affrontement Prost/Senna. Les sports individuels ont ceci de particulier : ils permettent de façonner des champions aux égos surdimensionnés, prêts à tout pour atteindre leur objectif suprême (auxquels ils se consacrent parfois exclusivement) avec une foi sans borne (le mystique Senna en est l’exemple parfait) et une confiance en soi qui peut virer à la condescendance et aux manoeuvres les plus dangereuses. Senna le dit : le sport est politique. Il n’y a qu’une place pour le roi. Et les images en attestent : tous les coups sont permis. La guerre ouverte entre Senna et Prost est sans égal, quasi fratricide : dans cent ans, on la revivra encore comme du direct tant la lutte fut intense et irraisonnée. Il n’y a pas de champion sans grand rival. Ce que traduit le regard vide de Senna, bien seul au volant de sa Williams Renault après la retraite de Prost (parti sur un titre de champion) en 1994, conscient à ce moment-là des risques courus par les pilotes de F1.
Dans la discipline la plus rapide du sport automobile, l’insouciance de ces deux champions demeure intacte, plus de vingt après les dépassements kamikazes en course, les pôles positions arrachées et les coups bas toujours discutés.
Ce documentaire ne brille pas par son objectivité – il est partial et anti-Prost – mais c’est vraiment le plaisir de retrouver de la F1 et deux de ses plus illustres pilotes sur grand écran qui fait de Senna un documentaire plus que séduisant. Ces images pourtant connues trouvent une nouvelle jeunesse en salles (malgré leur piètre qualité). Le retour sur ce week-end meurtrier à Imola (marqué par l’accident spectaculaire de Rubens Barrichello, la mort de Roland Ratzenberger avant celle de Magic Senna) glace encore le sang. Un documentaire pour les passionnés et les autres !
Critique : Breaking Bad saison 3 (créée par Vince Gilligan)
Publié : 23/05/2011 Filed under: Série TV | Tags: albuquerque, Breaking Bad, Bryan Cranston, chimie, méthamphétamine, professeur, Vince Gilligan, x-files 2 Commentaires »Vince Gilligan a fait ses premières armes en tant que scénariste et producteur de la série X-Files et d’un de ses spin-off, The Lone Gunmen. Sachant que la série n’était pas prévue pour durer plus de 3 saisons (on parle de 5 saisons maintenant), Breaking Bad montrera-t-elle quelques signes d’essouflement ?
Avec : Bryan Cranston (Walter White), Anna Gunn (Skyler White), Aaron Paul (Jesse Pinkman), Dean Norris (Hank Schrader), Betsy Brandt (Marie Schrader), RJ Mitte (Walter White Jr), Giancarlo Esposito (Gus Frings).
Après deux saisons de bonne tenue, j’étais impatient de voir ce que cette saison 3 allait révéler et quelle voie choisirait un Walter White en rémission. Dans Breaking Bad, Walter White est un professeur de chimie qui a opté pour la fabrication de méthamphétamines à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Une décision qu’il a prise après qu’on lui ait diagnostiqué un cancer du poumon en phase terminale, afin de payer son traitement et assurer une sécurité financière à sa femme Skyler et ses 2 enfants. Attention : Spoilers dans la suite !
Remis (temporairement) de ses ennuis de santé, Walt (et Skyler) continue(nt) de s’enfoncer dans le mensonge. Et Jesse – à qui Walt voue décidément une confiance sans borne – continue de lui coûter incroyablement cher ! A nouveau, cette saison de Breaking Bad démarre tranquillement. Un peu trop. Elle patine pendant les 4 premiers épisodes. Cela permet de prêter attention au grand soin apporté à la réalisation : panoramas ardents en haute définition, angles de vues insoupçonnés, acteurs impliqués… Pas de doute, c’est du cinéma pour le petit écran !
Dès l’épisode 5, sous l’impulsion maîtrisée de Vince Gilligan, Breaking Bad se transforme (à l’image de Walt) en montagnes russes. Breaking Bad fait son show et mêle violence démonstrative et drame humain, en jouant sans cesse sur les attentes du spectateur, ravi d’être secoué. Parmi les surprises de cette nouvelle saison, on relèvera que les attentions (et les soins) se portent (aussi) sur Hank, le beau-frère de Walt. Même si c’est en lieu et place de Walt qu’Hank a failli rejoindre le pays des morts, Walt démontre une grande humanité. Aussi, Gus est la vraie révélation de cette saison; il fait preuve d’une énorme présence, d’une grande ambiguïté, et on voit bien qu’il tient entre ses mains le destin de Walt, passé définitivement du côté obscur de la série US. Ce dernier se demande bien comment il en est arrivé là mais la machine est en marche, inéluctablement. D’autant plus que Skyler entre dans le jeu de Walt et le couvre, malgré le peu d’assurance dont elle dispose à son sujet, malgré une procédure de divorce engagée. Le séjour en hôpital de son beau-frère Hank lui a permis de mieux comprendre ce qu’avait enduré son mari; Les petits moments d’indécision et de tensions, de maladresses entre Skyler et Walt sont nombreux et accentuent la touche réaliste de Breaking Bad.
A l’image de l’avocat-clown de Walt et Jesse la série tourne parfois à la caricature mais avant l’apparition du générique de fin, Breaking Bad parvient toujours à nous surprendre et à remporter notre adhésion. A tel point qu’il est difficile de se contenter du visionnage d’un seul épisode. On veut toujours savoir ce qu’il va se passer dans la tête et autour des personnages. Inévitablement, l’étau se ressere sur Jesse et Walt (affaire du camping car + Season finale), même s’il est à redouter que l’intrigue se recentre sur ce type de règlements de compte. Bryan Cranston est toujours aussi incroyable tant il est capable de faire jouer toutes les émotions imaginables en canalysant l’attention et en portant ni plus ni moins que les enjeux de la série…
La force de Breaking Bad est paradoxalement son relatif manque de moyen (en témoigne l’épisode 10, intitulé La mouche) qui contraint toute l’équipe à faire preuve de créativité et de débrouille. On n’est clairement pas dans du Scarface à la télé et c’est ce qui rend la série ambigüe, suggestive et si captivante. Cette saison plus violente, ancrée dans un grand souci de réalisme, nous fait pleinement goûter à la double vie de Walt.
Critique : Minuit à Paris de Woody Allen
Publié : 12/05/2011 Filed under: Cinéma | Tags: allen, bruni, cotillard, fantastique, humour, minuit, paris, vacances, wilson, woody Laisser un commentaire »« Sincèrement, je ne crois pas posséder ce qu’il faut pour être un cinéaste de génie. »
Woody Allen à Télérama
Loin de Cannes, j’ai quand même pu découvrir le dernier Woody Allen, ce mercredi. Dans celui-ci, Inez et Gil sont en vacances à Paris. Comme annoncé ? Lisez donc la suite… ou allez voir le film, avant tout !
Après un dernier rendez-vous honoré mais nous ayant laissé clairement sur notre faim (Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu), Minuit à Paris rassure. fidèle à sa sortie annuelle, produisant à cette cadence effrénée (au scénario et à la réalisation) depuis plus de quarante ans. Ce Minuit à Paris montre que Woody Allen est en grande forme, inspiré, drôle, audacieux, insatiable. L’humoriste juif New-Yorkais se porte très bien aussi, qu’on se le dise. Soufflant le chaud et le froid, en partie à cause d’une grande productivité, quand bien même Woody Allen réussirait un film sur deux, ça nous ferait quand même 21 perles !
Tout le monde dit Paris I Love You
Paris n’était-il pas le cadre idéal pour tourner une énième variation sur fond de comédie romantique allenienne, après Barcelone, Londres, et New York bien sûr ? En attendant Rome où sera tourné son prochain film. Pour Woody Allen, Paris signifie davantage : « Avec du recul, je me dis que j’aurais pu vivre [à Paris], ou au minimum, j’aurais pu y prendre un appartement et me partager entre les deux villes. Or, je ne l’ai pas fait, et je le regrette » confie-t-il dans le dossier de presse.
Voilà qui explique (en partie) pourquoi Minuit à Paris est si réussi, Woody Allen considère Paris comme la plus belle ville du monde (ex-aequo avec New-York). En mettant en scène Gil, scénariste hollywoodien – double d’Allen – ayant délaissé ses ambitions d’écrivain, Woody Allen se demande – plein de nostalgie – ce qui aurait pu se passer s’il avait aménagé à Paris, quelques années plus tôt… Minuit à Paris est donc bien plus qu’une déclaration d’amour d’un cinéaste-touriste pour le vin de Bordeaux, la Tour Eiffel, les quais de Seine,Versailles… Paris filmé par Woody Allen a décidément quelque chose de malicieux et de merveilleux.
Allen parvient à saisir toute l’effervescence créative de la Ville Lumière, toutes ces vignettes qui vous traversent l’esprit lorsque l’on parcourt la Mecque des arts. Il nous fait même voyager dans le temps (Avant-Garde, Belle Epoque…), à nous faire partager sa vision d’un Paris autant historique que fantasmé. Oui, cela constitue la vraie trouvaille de ce Minuit à Paris : Une virée fantastique. On pense inévitablement à La rose pourpre du Caire. Un régal ! Une fois les douze coups de minuit sonnés, le scénariste Gil Pender (Owen Wilson) voyage dans le Paris des années 1920 en compagnie d’Hemingway, Picasso, Dali, Man Ray, Bunuel… Né trop tard, le voyage temporel de Gil sonne comme la promesse d’un nouveau départ, conseillé par Gertrude Stein, épaulé par Fitzgerald et conseillé par Hemingway, il se paie même le luxe de souffler des idées à Bunuel !
Le Owen Wilson show
Owen Wilson est parfaitement à la hauteur en American Lover et amant gauche au possible (personnage allenien par excellence). Difficile de ne pas se remémorer sa performance dans Comment savoir de James L. Brooks, dans lequel il se retrouvait il y a peu dans la position du séducteur déchu… Dans Minuit à Paris, l’acteur est parfois à la limite du surjeu, sans fléchir, mal à l’aise en présence de son épouse (Rachel Mc Adams) et de ses beaux-parents – qui ne l’apprécient guère. Il fait croire à ces derniers qu’il se consacre exclusivement à l’écriture pour mieux découcher et aller rejoindre la belle Adriana (Marion Cotillard). C’est en sa présence qu’il multiplie les rencontres artistiques de tout premier ordre (Toulouse-Lautrec, Gauguin), caressant les rêves d’Allen : dialoguer avec le Paris de 1920, l’avant-garde artistique…
Wilson est d’autant plus génial en touriste californien découvrant la capitale ! Un reproche que certains ne manqueront pas de faire au cinéaste New-Yorkais : épouser à nouveau le regard du touriste comme il l’avait déjà fait dans Vicky Christina Barcelona par exemple. Mais en ce qui consiste à jouer une nouvelle fois la partition de l’incompréhension dans le couple, Allen a trouvé en Wilson l’acteur idéal. Une fois de plus, comment ne pas reconnaître qu’Allen et son directeur de casting Stéphane Foenkinos ont eu le nez creux.
Et que dire du reste de la distribution… Pas besoin de répliques à Gad Elmaleh pour amuser, Michael Sheen est parfaitement irritable dans son rôle, le couple Fitzgerald est un peu expédié mais sa présence contribue à la surprise d’ensemble. Quant à la première dame, Carla Bruni-Sarkozy dont la participation était très attendue, elle dispose d’un tout petit rôle qui ne lui permet pas de trouver le ton juste…
La photographie de Darius Khondji (Seven, Delicatessen, My Blueberry Nights…) est impeccable tout comme la mise en scène d’Allen. Si la magie du film opère par à coups, on a l’impression d’assister au meilleur film de Woody Allen depuis bien longtemps. Il s’agit pourtant d’un cinéaste que j’admire, mais je ne peux m’empêcher de penser que ses incursions dans le genre fantastique auraient sans doute gagné à être plus fréquentes. Ce savant mélange de fantastique et d’humour sied si bien à Woody. Et je trouve Minuit à Paris supérieur à Scoop par exemple. Mieux écrit, plus raffiné et maîtrisé.
Ce millésime 2011 est enivrant. Tournant avec de nouveaux acteurs, dans de nouveaux décors… les films de Woody Allen n’en possèdent pas moins à chaque incursion une couleur, une signature et un attrait inimitables. On saluera donc à nouveau la bonne santé et toute la vitalité de son cinéma. Allen livre là un de ses films les plus habilement écrit, tout simplement.
Rencontre virtuelle avec Thomas Pynchon
Publié : 09/05/2011 Filed under: Uncategorized | Tags: américain, fiction, folie, paranoïa, pynchon, rencontre, romancier, science, virtuelle Laisser un commentaire »
Nous avons contacté Thomas Pynchon, le célèbre romancier américain de science-fiction auteur de L’arc-en-ciel de la gravité, V, ou encore Contre-jour, son avant-dernier pavé. Un écrivain que le critique littéraire Harold Bloom place parmi les plus talentueux de la langue américaine.
Ce dernier refusant toute apparition publique, nous l’avons contacté via Facebook. Les mots nous manquent pour décrire l’émoi ressenti lorsque nous avons découvert les réponses de Thomas Pynchon, dans notre boîte mail. Voici le document.
Bonjour Thomas Pynchon. Je salue votre talent, votre univers et votre plume. Néanmoins, pouvez-vous nous éclairer sur votre choix de vie, l’absence d’apparition publique et votre vie de reclus ?
Reclus est un terme inventé par les journalistes signifiant « qui n’aime pas parler aux journalistes ». Je fuis la vie médiatique, elle me rebute et me met mal à l’aise car je suis excessivement timide et secret. Et surtout, je déteste me mettre en scène. Aujourd’hui, les médias sont devenus tellement puissants et omniprésents que si vous n’existez pas publiquement, on peut aller jusqu’à remettre en cause votre identité. La question que vous auriez pu me poser est la suivante : suis-je aussi réel que mes personnages ?
Ne jouez-vous pas à un jeu de cache-cache avec les journalistes ? Vous n’avez pas hésité à troquer un interview contre des photos de vous ?
Sachant que ces photos étaient sur le point d’être publiées, j’ai choisi le moindre mal. Après un tel accord, je ne considère plus les journalistes comme des gens foncièrement mauvais. Nous partageons une activité qui consiste à faire du business avec notre plume. On trouve certains de mes livres dans les supermarchés. Heureusement, je n’y mets jamais les pieds. Si je ne vendais pas mes livres, il ne me viendrait pas à l’idée d’en écrire.
Avez-vous une petite équipe à votre disposition qui se charge d’éviter toute fuite de photos et d’informations vous concernant ?
Comme vous pouvez le constater, je n’hésite pas à soudoyer les journalistes. En fait, en dehors de l’intérêt que vous me portez et je vous en remercie, je suis un auteur de science-fiction confidentiel. Mes livres sont tellement dingues que certains critiques publient des commentaires de commentaires concernant mes écrits. Il est donc simple d’éviter toute fuite. Je suis mes livres. Et mes œuvres sont moi. Il y a plus de matière dans mes romans que si j’avais donné un millier d’interviews.
Stanley Kubrick vouait un véritable culte à V. Que pensez-vous de son travail ?
2001 l’odyssée de l’espaceest mon film préféré. Je le considère comme le plus grand chef d’œuvre du cinéma. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier également Le docteur Folamour, Orange Mécanique, Eyes Wide Shut et Shining. Kubrick était doué de la faculté de compléter, de se réapproprier une œuvre qu’il adaptait, pour finalement la dépasser. C’était un vrai génie et je suis fier de l’avoir rencontré. Le fait qu’il ait admiré mon travail est une marque de reconnaissance inestimable.
Pourquoi avoir choisi de prêter votre voix à la série télévisée d’animation The Simpsons qui vous a consacré deux épisodes ?
La série fait preuve de beaucoup d’humour et parvient toujours à surprendre, à se renouveler et surtout à faire rire. J’ai une visée similaire avec mon travail d’écriture. J’aime la manière dont cette série s’est bâtie un univers singulier mais aisément reconnaissable, en détournant notre monde contemporain. Un univers peuplé de milliers de personnages autonomes.
Il est souvent question de paranoïa dans vos romans. Êtes-vous conspirationniste ?
Considérons les attaques du 11 septembre et les attentats perpétrés aux Etats-Unis contre les tours du World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington. Je fais partie de ceux qui attendent toujours des explications à propos de la chute inexpliquée du WTC 7. Ne trouvez-vous pas suspect que les tours du World Trade Center se soient effondrées sans explosifs et que l’on remette en cause la possibilité d’un crash d’avion sur le Pentagone. Bush est un menteur, un assassin, un bovin. Comment peut-il se promener librement dans ce pays en affichant son triomphalisme sans que la justice ne lui tombe dessus ? Ces propos feront certainement de moi un conspirationniste préférant se cacher derrière ses romans pour mieux fuir ses responsabilités.
Dans vos romans, le thème de la folie est également récurrent…
C’est la seule chose sérieuse dans ce monde. J’observe que de nombreuses personnes s’enferment dans une certaine routine formant une sorte de cocon protecteur, en se disant peut-être qu’ils échapperont ainsi à la folie. Ils ont tort. C’est lorsque l’on occulte la réflexion, lorsque l’on refuse de faire face a sa raison que la folie guette. J’ai eu recours à la méditation pour me comprendre, aller au fond de moi-même. Cela m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui les gouvernements peuvent faire gober n’importe quoi à des masses perverties par la télévision, alcoolisées et sous antidépresseurs.
Prenez-vous des drogues ?
Non. S’il est vrai que de nombreux personnages de mes romans ont recours aux drogues telles que l’alcool, le cannabis ou les amphétamines, je n’en fais pas l’apologie. Sur un plan purement littéraire, il s’agit d’une métaphore de la fiction. Qui vous transporte et vous coupe du réel jusqu’à ce que la substance fictive quitte votre corps et votre esprit lorsqu’on arrive au point final d’une œuvre.
Quel sens donnez-vous à l’usage de paroles de chansons parodiques et de références à la culture populaire ?
Elles sont très importantes pour moi. Ces chansons font partie de notre histoire et c’est pour cette raison que je m’y réfère très souvent. La musique est aussi importante que les références littéraires ou l’érudition scientifique dans mon travail. Les chansons sont une vraie drogue pour moi. Je ne pourrais pas m’en passer. Alors que je pourrais me passer de la lecture par exemple.
Avez-vous suivi les cours de Nabokov à Cornell ?
Absolument, même si lui affirme ne pas se souvenir de moi, ce qui est tout à fait légitime, étant donné le nombre d’étudiants que Vladimir Nabokov a côtoyé. Il est surprenant que sa femme Vera se souvienne de ma plume et non son mari. Mes livres ne doivent pas constituer une bonne publicité pour Nabokov. J’admire sincèrement le travail de cet auteur et Lolita est un des livres que je relis régulièrement. C’est un document inégalé sur la frustration sexuelle conduisant à la perversion.
Quels sont vos projets ?
Réécrire tous mes romans. Sérieusement, mes projets sont derrière moi. Mais je ressens l’envie d’écrire un western. Un texte court et épuré qui ne dépassera pas 300 pages, d’une grande précision historique. L’histoire des Etats-Unis me fascine. Je vais donc enfin écrire quelque chose de sérieux. D’ailleurs je vous saurais gré de garder cet entretien pour vous, même si vos questions étaient pertinentes. A bon entendeur…
Propos recueillis par Juloobs
Vous l’aurez compris, il s’agit d’un exercice d’un blogueur confidentiel en quête de reconnaissance…
Critique : Contre-Jour de Thomas Pynchon
Publié : 09/05/2011 Filed under: Livres | Tags: érudition, contre, jour, postmoderne, pynchon, scientifique, traverse, vengeance, verne, western 1 Commentaire »Dans la toile de Webb
Après le personnage éngmatique V, il est question dans Contre-Jour d’un W. Pour Webb. Webb Traverse. Omniprésent dans ce roman malgré une mort rapide. A la manière de Laura Palmer dans Twin Peaks ou encore de Nathaniel Fisher dans Six Feet Under.De même, la résolution de cette enquête donne lieu à toutes les digressions possibles et imaginables par Thomas Pynchon, aussi cinglé qu’érudit… Conteur à part depuis son blocus (Tomas Pynchon vit reclus), de sa propre histoire de l’Amérique et du Monde.
Le livre débute par l’exposition universelle de Chicago en 1893 à laquelle se rendent les Casse-Cou en dirigeable. Une équipe de choc dont on suit les dérives et virées en ballon et sur lequel figure au règlement : « Les actes de tripotage fessier dans la file d’attente ne sont pas tolérés !!! Les infractions seront sanctionnées par dix semaines de corvée !!! Chacune !!! Sur Ordre de l’Officier en chef. P.-S. : Oui, on parle bien de semaines !!! »
Contre-Jour doit autant aux romans d’aventures façon Jules Verne qu’au Western, au steampunk et même au fantastique ! Un livre fractal, complètement éclaté, déroutant au possible, mais dont on prend pourtant le plus grand plaisir à relire les paragraphes encodés, et énigmatiques pour en percer le sens. Cette participation peut être aussi jouissive qu’éreintante, car Contre-Jour est une oeuvre interminable. D’ailleurs Contre-Jour se termine-t-il ? Le dernier roman de Thomas Pynchon est un livre très très exigeant, dont les impressions de lecture fluctuent au fil de celui-ci.
Parmi les nombreux luxes que s’offre Pynchon dans son dernier roman fleuve : un plaidoyer anti-capitaliste en arrière-plan d’une tragédie familiale. C’est un milliardaire sans scrupule nommé Scarsdale Vibe, propriétaire d’une mine aux revenus colossaux qui orchestre la mort de Webb Traverse, anarchiste et dynamiteur de voies ferrées, engageant un tueur à gages. Les enfants de Webb (Frank, Reef, et Kit) se consultent pour venger leur père, tandis que la fille de Webb (Lake) s’acoquine et tombe amoureuse du meurtrier de son père…
Souvent, la plume bourrée d’humour de Pynchon suffit à notre plaisir, le livre est impossible à refermer, alors qu’il est aussi insaisissable qu’une piste de free jazz de 12 h. Contre-jour compte d’innombrables personnages, et on peut regretter que ne s’attardent pas davantage sur des scènes plus dramatiques, traitées de la même manière que les errances des Casse-Cou. On peut néanmoins percevoir des évolutions de personnalités chez les principaux protagonistes du roman. Malgré la complexité du contenu scientifique exposé, la complexité de l’Europe, les origines de la première guerre mondiale sont juste esquissées.
Thomas Pynchon s’amuse à planquer les pièces d’un gigantesque complot, totalement paranoïaque, sur fond de corruption, de vengeance Fordienne, de découvertes scientifiques détournées… Des thèmes ressassés qu’il parvient à renouveler. C’est incroyable, mais les saloons de Contre-jour n’ont pas d’équivalent !
Est-il bien raisonnable de conseiller la lecture de ce pavé de plus de 1400 pages à quiconque préfère sa vie sociale à son passe-temps littéraire ? Contre-jour ou l’envers de la normalité, des racines de la folie sur laquelle est bâtie notre réalité bancale, ayant survécu aux tirs de mines, aux anarchistes, aux guerres mondiales, à la bombe atomique…
Contre-Jour de Thomas PYNCHON















